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Edito : A propos du projet « All Bikes » de Bedoin

Je ne me suis volontairement pas exprimé sur ce sujet qui fait polémique, n’ayant pas eu accès au fond de dossier lui-même (qui relève de la compétence de la municipalité) et ne souhaitant pas donner prise à une accusation d’instrumentalisation politicienne, mes désaccords avec Luc Reynard étant connus.

Au travers cependant de la lecture de la presse du jour, et notamment des opposants au projet « All Bikes » qui invoque la contradiction avec le projet de Parc Naturel Régional, je crois cependant utile de montrer à travers ce cas particulier les ambiguïtés du débat.

Le PNR du Ventoux a été « vendu » à certains protecteurs de l’Environnement comme une protection supplémentaire, en jouant de la confusion notamment avec les « parcs nationaux », c’est à dire des espaces sanctuarisés. Il faut comprendre que dans les faits il n’en est rien. Ainsi, dans le parc du Luberon, j’ai été parfois interpellé par des riverains interloqués qu’on puisse couvrir des paysages de panneaux photovoltaïques, ouvrir une piste de moto, construire un grand complexe hôtelier, ou bien encore dévaster le sommet du Luberon avec une Rave sauvage. Il a fallu que j’assiège Segolène Royal pour qu’elle retire des autorisations de permis de gaz de schiste !

Il n’en est rien car le PNR est surtout un label. La protection de l’environnement est déjà couverte par d’autres instruments (notamment Natura 2000) qui existent déjà. Le PNR intervient cependant pour influer sur l’esthétique urbaine, ou vérifier le respect de la Charte, ce qui alourdit les procédures.

Voilà pourquoi j’avais plutôt émis l’idée de classer le Ventoux hors zones urbanisées, ce qui aurait effectivement été plus protecteur, et de chercher le label associé « Grand Site de France », qui présente l’avantage d’être octroyé après la constitution d’un projet de territoire par un petit groupe de quelques communes décidées à protéger un site sensible lors du pic touristique. Si certains Maires comme ceux du Nord Ventoux étaient prêts à creuser l’idée, je n’ai pas eu le même accueil chez les « pro-parc ».

Le label du PNR, tel qu’il a été élaboré par ses concepteurs dans la zone Ventoux, mise essentiellement sur l’activité touristique, et donc quelque part induit de développer des projets autour du vélo ou de la randonnée. Il ne dit rien de très précis sur la manière dont il faut ensuite réguler ceci par rapport à l’écosystème.

Ma conviction est que l’activité touristique est évidemment un bol d’oxygène pour des territoires ruraux qui se dépeuplent et qui économiquement ont un retard sur les grandes agglomérations. La seule difficulté est qu’il s’agit d’une activité saisonnière qui peut cannibaliser les activités pérennes. Ainsi, à Lioux, j’ai rencontré récemment une famille d’agriculteurs qui ne parvenait plus à installer un de ses jeunes car le prix des terrains avait gonflé du fait de la spéculation liée à l’attrait de la marque « Luberon ». En d’autres termes, trop de tourisme peut étrangler l’agriculture.

Or, ce sont bien les ruraux qui entretiennent ces magnifiques paysages qui attirent les touristes en été. Demain, un Ventoux sans berger, sans cultivateurs, sans chasseurs risque in fine d’être touristiquement bien moins attrayant, du fait de la prolifération des espèces sauvages et la friche des paysages.

En réalité, la clé d’un projet collectif sur un tel territoire ne peut être qu’un subtil équilibre entre soutien aux activités traditionnelles, protection de l’Environnement et développement touristique. Le projet « Tout vélo » (pardon pour la francisation) doit peut être servir de déclic à un véritable questionnement : qu’est ce qu’un bon projet de territoire ?