Edito : la Belle Primaire Populaire

Edito : la Belle Primaire Populaire

Avouons-le : je n’étais pas “chaud” pour organiser une primaire, qui me semblait contraire aux canons gaullistes. Je ne m’y suis converti que parce que je voyais bien l’impossibilité pour la Droite de se mettre d’accord sur un chef. Le hasard a voulu qu’on me demande à moi de l’organiser.

Reconnaissons que ce soir, la Droite est la bénéficiaire d’un immense succès collectif et que sans la primaire, François Fillon n’aurait jamais émergé. Les adhérents LR ont fait un travail bénévole exceptionnel et ont réussi, sans tour de chauffe, à gérer deux fois quatre millions de votants. Les candidats se sont affrontés sans tomber dans l’irrémédiable. Nicolas Sarkozy et Alain Juppé ont été nobles et grands dans leur défaite. François Fillon a été modeste et ferme dans la victoire.

Je ne suis pas pour autant acquis au concept. A Gauche, où l’on a abusé de l’artifice, un Premier ministre réfléchit à défier un Président en exercice. C’est la perversité du quinquennat et la preuve manifeste du régime des partis : le Président socialiste se soumet aux fourches caudines du Parti Socialiste.

J’observe également que les chefs de parti (Hollande en 2006, Aubry en 2011, Sarkozy en 2016) sont systématiquement éliminés lors des primaires au profit, non pas de leur adversaire le plus installé (Fabius en 2006, DSK en 2011, Juppé en 2016) mais de l’outsider surgi de nulle part (Royal en 2006, Hollande en 2011, Fillon en 2016).

Voilà pourquoi je pensais que la volonté de Nicolas Sarkozy de prendre le parti en 2015 se retournerait contre lui et j’avais soutenu Bruno Le Maire.

Voilà pourquoi je souhaite que cette belle primaire soit la première et la dernière de notre histoire. Notre ouverture nous a laissés vulnérables à des immixtions qui auraient pu dénaturer le scrutin et faire exploser la Droite. Je m’interroge : il faudrait peut-être des primaires semi-ouvertes – au premier tour, les adhérents seuls votent. Le second tour est ouvert au vote populaire.

Le point positif est que j’ai vu de nombreux électeurs du FN, ex-sarkozystes, déçus par les approximations de Marine venir voter Fillon.

Curieuse trajectoire que cette primaire, pensée comme un référendum anti-Sarkozy puis comme un plébiscite pro-Juppé qui n’aura en fait profité ni à l’un, ni à l’autre. Alain Juppé comme Nicolas Sarkozy auront souffert des caricatures exagérées nées de leur match titanesque, et leurs puissances se seront auto-neutralisées.

Ultime paradoxe : la crise de la Droite a débuté par un affrontement fratricide dans un scrutin qui a mal tourné et se clôt par un scrutin en tous points inverse.

François Fillon, comme la tortue de la fable éponyme, a dépassé le lapin. Il faut désormais faire de notre mieux pour l’aider à gagner. Sa victoire crée de l’espace pour Manuel Valls, mais aussi pour un candidat capable de capitaliser sur la peur d’une remise en cause du modèle social français. Pour ma part, avec la sensibilité qui est la mienne, celle d’un provençal républicain fier de son identité, soucieux de la souveraineté et attaché à ce que les réformes engagées ne massacrent pas le service public, je suis enthousiaste ce soir car une nouvelle page de la Droite et du Centre s’ouvre.

Permettez moi de remercier les membres du comité d’organisation de la primaire de Vaucluse pour leur travail : Pierre GonzalvezAlain MilonJean-Baptiste BlancJean-Christophe Ozil, Marc Trousse, Michel TerrisseStéphanie ParryThierry SeguraJean-François Périlhou, Roger Rossin, Stéphane Sauvageon. Merci surtout à Aurélie Lecaudey qui a tenu les rênes de l’organisation, et enfin aux 99 présidents et leurs équipes. Nous souhaiterions avec Alain Milon organiser une fête de remerciements.