EDITO : Vivre avec la maladie

EDITO : Vivre avec la maladie

J’ai parmi mes amis des gens qui ont été frappés par la maladie. Ils ont pensé mourir, et puis finalement le danger s’est éloigné, sans disparaitre totalement. Les médecins les ont prévenus : la rémission est peut-être provisoire, la maladie peut se réveiller à tout moment. Ils ont auront peut-être 1, 5 ou 30 ans devant eux. Nul ne le sait : ils devront vivre avec la maladie.

Il en est de même du terrorisme, qui a encore frappé aveuglément – femmes et enfants, croyants et non croyants, touristes et français – la ville de Nice. Bien sûr, la réaction légitime qui monte des quatre coins du pays, choqué et ému, est de dire « Ça suffit » et de demander plus : plus de moyens, plus de contrôle, plus de répression, plus de prévention. Le gouvernement a une responsabilité énorme sur ses épaules et a perdu beaucoup de temps. Bien évidemment, je suis favorable à ces mesures qui permettront de limiter au maximum le danger.

Néanmoins, soyons en convaincus : limiter ne signifie pas éradiquer. Cela prendra beaucoup plus de temps pour y parvenir.

Ce matin, un retraité sur le marché de Carpentras me pointait l’origine tunisienne du terroriste, axant la conversation sur les dégats de l’immigration pour notre pays. Le glissement est devant nous : croire qu’il suffirait de retrancher de la Nation quelques communautés pour que tout redevienne comme avant. C’est une illusion : notre sujet n’est pas de nier le réel pour revenir à un âge d’or, mais de trouver comment bâtir un avenir commun. Accuser des milliers pour le crime d’un seul, c’est épouser la logique sanglante des représailles qui s’est enclenchée au Liban et en Israël.

Quoiqu’en disent les experts du FN, même une immigration « zero » décidée aujourd’hui n’empêchera les cellules dormantes déjà présentes d’agir demain, ou même que des petites frappes se radicalisent en prison. D’ailleurs en décrétant l’autarcie totale, on ne pourra jamais tout controler : même la Corée du Nord n’y parvient pas, et je suis certain que peu de Français veulent en arriver là. Cela ne signifie pas plaider pour Schengen (loin de moi cette idée !) mais de mettre en garde contre les vendeurs de potions miraculeuses.

« Vivre avec » ne signifie pas « ne rien faire » mais interioriser que le danger est partout et nulle part. L’Ennemi aurait pu viser les grands festivals, le Tour de France ou l’Euro. On ne peut pas mettre 1 policier derrière chaque badaud. On ne peut pas promettre en guerre qu’aucun bombardement aérien ne frappera le toît d’innocents. L’Ennemi est multiple : fiché S, délinquant radicalisé, français de souche converti au Djihad, immigré, réfugié… Il émarge à plusieurs sources sans pouvoir se circonscrire à une seule. Il peut lever une cohorte ou peut être plusieurs armées.

En revanche, on sait comment finir cette guerre : en se donnant comme objectif de tuer le serpent en le frappant à la tête – ici l’Etat islamique. Premier problème : pour affaiblir un ennemi, on frappe ses communications et on décrypte ses codes. Or, ici, la population civile et l’Ennemi utilisent les mêmes réseaux : l’internet et les réseaux mobiles. Comme il est impossible de fermer internet, la tâche est forcément plus complexe car nous voulons trouver une aiguille dans une meule de foin.

Second problème : l’ennemi utilise n’importe quelle arme, même improvisée, pour frapper. Un camion, un couteau de cuisine, une arme de guerre : Peu importe, car sa vraie létalité est le sacrifice de sa propre vie pour l’enlever à d’autres. En d’autres termes : il ne suffit pas de se saisir des réserves d’armes lourdes sur le territoire pour abaisser le risque : la guerre sera longue.

Je conclus ce propos en pointant qu’à défaut d’être des soldats, nous pouvons résister : résister en vivant normalement, en partant en vacances ou en allant voir des spectacles, en refusant de se laisser envahir par la peur ou la vengeance. Résister en évitant les mises en cause faciles et en propageant le mythe d’une arme fatale, d’une solution unique pour tout résoudre d’un claquement de doigts.

Pour faire changer l’Ennemi de tactique, il faut lui prouver que cette dernière ne fonctionne pas. En frappant les salles de concert et les lieux touristiques, nos adversaires veulent à la fois balayer notre mode de vie et casser le moteur touristique Français.

Notre première mission en tant que peuple est de ne pas vaciller car ce sera un duel de volontés, un bras de fer. Nous le devons à ceux qui ont péri, à ceux qui nous ont légué par leur sacrifice cette liberté, fêtée hier, et à ceux qui nous suivent et qui espèrent hériter de cette même liberté. L’étendard sanglant de la tyrannie est levé.

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