Messieurs les censeurs, bonsoir…

Messieurs les censeurs, bonsoir…

La démocratie représentative suppose, on le sait, qu’on donne mandat à un homme ou à une femme pour voter au mieux les lois de notre pays. Ce principe, hélas, est menacé aujourd’hui par la tyrannie des groupes de pression. Sortez du consensus mou, cherchez à faire avancer une idée ou un texte, et immédiatement des minorités agissantes vous clouent au pilori, tentant de vous réduire au silence.

Curieusement, le peuple veut des élus qui prennent leurs responsabilités, mais les subdivisions corporatistes du peuple, elles, détestent qu’on touche à leur pré carré.

En neuf mois de mandat, j’ai eu le temps d’expérimenter trois de ces mini-tempêtes dans un verre d’eau.

La première a été amenée par les auto-entrepreneurs. J’avais eu le malheur de signer une proposition de loi d’un collègue proposant de limiter à 18 mois le temps dévolu à l’auto-entrepreneuriat, afin de permettre ensuite d’évoluer vers des entreprises normales. Immédiatement, la liste des signataires a circulé sur les réseaux sociaux et j’ai reçu une dizaine de messages allant de l’indignation à l’insulte.

J’ai même eu un proche qui est venu me gronder pour cette dangereuse proposition, qui soit dit en passant répondait à un cri des artisans du bâtiment, lesquels sont concurrencés par des auto-entrepreneurs n’ayant pas les mêmes règles fiscales et sociales.

Est-il sot de penser que, tout en étant totalement favorable à l’auto-entrepreneuriat, on peut vouloir corriger les déséquilibres et qu’à situations identiques, la loi soit identique ? Je ne pense pas.

Quelques mois plus tard, ce sont les lobbies pro-mariage pour tous qui ont débuté une stratégie de harcèlement sur Twitter ou par mail, cherchant à salir les députés qui défendaient une autre vision de la société.

Bilan des courses : alors que mes propos dans l’hémicycle ont toujours été à la hauteur du sérieux du projet, des petits malins ont piraté mon identité et proféré des insanités qui ont excité encore plus les lobbies. La presse gauchiste – Rue89 – a sorti un papier qui devrait faire honte au journalisme, avec des commentaires à la limite du racisme puisqu’ils font des calembours sur ma couleur de peau.

Ces derniers jours, alerté par des gardes de l’ONF, j’ai eu le malheur de poser une question sur la coexistence en forêt des chasseurs et des photographes animaliers, les seconds étant si bien dissimulés dans la nature qu’ils pouvaient être mis en danger par un tir accidentel. J’ai aussi répercuté les inquiétudes de mes interlocuteurs sur le cycle des animaux, et notamment le cerf, suivi de trop près par certains photographes.

Immédiatement, le petit réseau spécialisé s’est mis en branle : « bashing » sur Twitter, articles mélodramatiques, et commentaires haineux, malgré une réponse que j’ai rédigée au site Naturapics (avec lequel le dialogue a cependant été courtois).

Impossible de faire comprendre à certains photographes qu’ils ne sont pas exemptés du champ de la loi ou de la réglementation. Il y a une croyance fondamentale chez certains d’entre eux que comme ils ne tuent pas d’animaux, leur activité ne saurait faire l’objet de questionnements. Je passe également sur les préjugés lamentables de certains internautes qui ont vu immédiatement derrière ma question « le lobby de la chasse ». Manque de pot : je ne suis pas chasseur.

Ces trois épisodes démontrent que la République, au sens de chose publique, et l’intérêt général doivent être défendus encore plus vigoureusement qu’auparavant.

Si l’homme politique recule, intimidé par la nouvelle Terreur idéologique des bien-pensants, celle qui circule sur le Web 2.0 et dans certains salons parisiens, jamais nous n’arriverons à réformer ce pays.

Surtout, le citoyen doit prendre conscience que ses élus ne sont pas ses ennemis, qu’eux aussi peuvent avoir des idées, des convictions et que ce n’est pas parce qu’ils osent les défendre, qu’ils sont forcément sans morale ou vendus à je ne sais qui. La présomption d’honnêteté intellectuelle, j’aimerais que Messieurs les censeurs en fassent un principe fondamental de respect.