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Rencontre avec les migrants de Grambois

Je suis allé visiter aujourd’hui le centre des migrants de Grambois. Cette visite avait été prévue depuis un mois, car je souhaitais ne pas polémiquer ni instrumentaliser le sujet des migrants comme l’ont fait M.Lovisolo et M.Delepinau mais me rendre compte par moi-même des attentes et des problèmes.

Le hasard a voulu que cette visite, à laquelle se sont joints le Maire et le sous-préfet d’Apt , survienne au lendemain d’une manifestation ubuesque de migrants à Grambois. Je n’ai donc pas pris de gants pour leur dire en introduction que ce type d’action était incompréhensible pour les habitants qui les ont accueillis, et qu’étant logés, nourris et encadrés, la moindre des choses était de bien se comporter. J’ai également expliqué qu’à Pertuis des migrants émêchés avaient mis la pagaille en centre-ville et que si ce type de comportement se reproduisait, non seulement je ne les aiderai pas mais ils m’auraient contre eux.

De leur coté, les 21 mineurs présents (sur 37 officiels) nous ont fait part de leur colère et de leur incompréhension. Visiblement, pour les convaincre de monter dans les bus, on leur a fait avaler qu’ils seraient tous admis au Royaume Uni. Il a donc fallu que nous expliquions qu’ils n’avaient aucun droit automatique, que la France pouvait les aider mais pas décider pour Londres, et que 10 d’entre eux avaient été acceptés mais que pour les autres, leur dossier étaient incomplets. Tous ont insisté – un peu trop systématiquement à mon gout – sur le fait que c’était l’amour familial qu’ils recherchaient en allant en Angleterre, où se trouvait un frère parti il y a 14 ans, et qu’en Erythrée ils n’avaient plus personne. Je leur ai expliqué les bases du droit d’asile en les mettant en garde contre des espoirs illusoires, tout en leur disant que les pouvoirs publics étaient là pour les aider à surmonter les drames expérimentés par eux et se reconstruire.

Beaucoup portaient des croix autour du cou- les 2/3 sont des orthodoxes – mais je n’ai pas vu de différence avec l’argumentaire de leurs amis musulmans, ce qui bat en brèche tous les argumentaires un peu stéréotypés sur les « bons et mauvais migrants ». Là où j’ai été choqué, c’est lorsque ils nous ont tous dit qu’ils regrettaient Calais et que la France c’était comme mourir, au grand désespoir d’Alain Feretti (maire de Grambois) qui tentait de leur vendre un avenir sur notre territoire. Je leur ai dit que s’ils regrettaient d’être ici, ils pouvaient revenir en Erythrée, ce qui évidemment ne leur a pas fait plaisir. L’un d’entr’eux m’a assuré qu’il se suiciderait si on ne le laissait pas aller au Royaume-Uni. C’est là où l’on perçoit leur grande inflexibilité. Je les ai trouvés vifs et très au courant de leurs droits.

Au final, cette visite a conforté mon analyse :
– La solution d’éloignement en zone rurale est un double-échec. Echec car la population n’a pas digéré cette obligation et échec car les premiers intéressés sont furieux de cette solution au point de regretter Calais (sic)
– Les migrants sont instrumentalisés entre associatifs qui les encouragent à faire valoir leurs droits (ils n’avaient que ce mot à la bouche) ou à manifester, et des pouvoirs publics qui leur ont peut être menti pour les faire bouger.
– La marge de manoeuvre est inexistante entre des migrants qui refusent de considérer qu’on ne puisse pas les accueillir, au point de dédaigner totalement l’idée d’une intégration en France, et des populations excédées. Le foyer fermera mi-Mars mais cela ne fera que déporter le problème ailleurs.

Article La Provence du 23 décembre 2016 :

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