Julien Aubert répond à une lettre ouverte des photographes

Julien Aubert répond à une lettre ouverte des photographes

Le 5 mars dernier, j’ai posé une question écrite au ministre de l’agriculture sur la coexistence entre chasseurs et photographes dans les forêts domaniales.

S’en est suivi la publication d’une lettre ouverte à mon attention, dont vous trouverez la réponse ci-dessous:

Je vous remercie de votre message qui montre que visiblement, la question de la photographie en pleine nature déclenche les passions.

Tout d’abord, dissipons un malentendu : je ne suis pas hostile à la photographie animalière. D’ailleurs, j’aide même le festival “les Silences du Ventoux” qui se déroule chaque année dans mon village à Sault. Je vous invite à aller le découvrir.

Ensuite parlons du fond du problème. Il y en a deux : la protection de la Nature et la coexistence de différentes populations qui veulent y avoir accès. Il y a bien sûr les riverains, les promeneurs, les chasseurs, les ramasseurs de champignons, les photographes du dimanche, les photographes professionnels, les fonctionnaires de l’ONF, les professionnels de la filière bois, les amateurs de quads, les vélo cyclistes et j’en oublie sûrement.

Ma question écrite porte sur les deux sujets.

Ce sont des fonctionnaires de l’ONF, qui vous en conviendrez certainement sont les plus légitimes à parler de protection de la forêt, qui m’ont indiqué les problèmes survenant de la multiplication de photographes professionnels dans les forêts de Vaucluse. Quel est le problème ? Ils ont constaté premièrement des perturbations dans le cycle des animaux. Deuxièmement, ils ont constaté que certains photographes animaliers étaient totalement dissimulés, au plus près des bêtes, en zone de chasse, avec le risque qu’un accident survienne.

C’est une approche pratique des choses qui me guide : comment faire en sorte que les activités humaines ne perturbent pas la Nature, ni qu’elles ne se gênent mutuellement au point de causer un drame ? Tout le reste – la beauté des contrées sauvages, les quotas réservés aux chasseurs, la question de la régulation de la faune – sont des spéculations, à mon avis guidées par des groupes de pression qui ont une vision idéologique de la question.

Ensuite, il y a des points que vous soulevez et qui méritent débat. C’est pour cela qu’il s’agit d’une question et non d’une proposition de loi. Le fait de porter un gilet fluorescent est-il de nature à empêcher l’activité photographique ? Peut-être. Sans doute même. Il appartiendrait alors au ministère de proposer des solutions. Ma première question serait en réalité : faut-il laisser les bêtes sauvages être approchées de trop près, sachant que si cela devient quotidien cela peut les perturber ? Le problème n’existe pas quand vous avez 1 ou 2 photographes occasionnels. Le problème est quand cela tourne au “safari-tour”.

Sur votre dernier point, nous avons un désaccord : il se trouve que, pour moi, ce sont les habitants du territoire qui sont prioritaires sur l’utilisation de leur environnement parce que ce sont eux qui l’entretiennent. D’ailleurs, il se trouve que ce sont mes électeurs, dont je représente fidèlement et loyalement le point de vue.

Dans l’Est du Vaucluse, depuis des siècles, ce sont les chasseurs et les agriculteurs qui parcourent la terre et qui s’occupent de la faune et de la flore. L’activité photographique est, elle, marginale et pratiquée souvent par des urbains qui viennent se reposer le week-end. Ou par des étrangers attirés par la beauté de nos paysages. Mais n’oubliez pas : si le Vaucluse est célèbre pour ses jardins sauvages, c’est à cause du génie de leurs jardiniers. Par conséquent, oui, il est vrai : je donne la priorité aux souhaits des habitants (qui peuvent être chasseurs ou non d’ailleurs) sur la manière de s’occuper de leur territoire, car ils ont prouvé qu’ils s’y connaissaient.

Je ne formulerai donc pas exactement comme vous le faites votre dernière question sur les droits des uns et des autres. Le jour où les Vauclusiens sont majoritairement des photographes et communient avec la Nature ainsi, alors on donnera la priorité à cette activité. Vous avez peut-être plus d’intelligence que moi, je ne me permettrai pas d’en juger, je ne vous connais pas. Mais sur le fait de savoir si, politiquement, j’apprécie pleinement les répercussions de ma question, la réponse est oui. Et je vous en pose une : est-il possible de légiférer sur la photographie animalière ou considérez-vous que seule la Chasse a droit à un tel traitement ?

Quand les touristes sont partis, en septembre, il reste les hommes et les femmes de ce département. Au cœur de l’hiver, dans un petit village comme Sault, il y a une seule – je dis bien une seule – activité qui donne un peu de camaraderie et de convivialité : la chasse. Je ne suis moi-même pas chasseur, mais je sais protéger ce qui fait la vie de nos arrière-pays.

En vous remerciant pour l’intérêt que vous portez à mon travail parlementaire, et surtout en espérant vous avoir convaincu que la confrontation des idées n’est pas forcément le révélateur d’un camp malfaisant tapi dans l’ombre,

Vauclusiennement

Julien Aubert