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Retrouvez la tribune cosignée par les parlementaires gaullistes d’Oser la France

 

Lettre ouverte au “nouveau” Monde en Marche.

Afin de participer à la “refondation de la droite”, le député LR Julien Aubert a lancé le “laboratoire d’idées d’inspiration gaulliste”, Oser la France. Cette association signe dans Valeurs actuelles sa première tribune, au sujet de l’avenir du Parlement.

Le naufrage d’Angela Merkel devrait faire réfléchir la majorité En Marche qui prône la fusion Droite-Gauche et un système de scrutin mixte, avec une dose de proportionnelle, au Parlement. Le résultat politique est là : une politique migratoire qui a fait bondir l’extrême-Droite, au point qu’en cas de grande coalition SPD – CDU, la principale force d’opposition serait l’AFD ; une politique énergétique dominée par les Verts qui ont conduit l’Industrie et la politique de lutte contre le CO2 dans le mur ; plusieurs longues semaines de négociation improbable pour de nouvelles élections : la paralysie est patente. La Vème République avec son scrutin majoritaire est largement plus efficace sans cette lubie proportionnelle, qui n’est qu’un des instruments de la caporalisation par Emmanuel Macron du Parlement.

Car c’est bien ce qui se trame. Après avoir mis aux ordres son mouvement et son groupe parlementaire sous la responsabilité de son préfet, Christophe Castaner, Emmanuel Macron Tout-Puissant laisse faire une réforme qui va définitivement consacrer son omnipotence institutionnelle.

A quoi bon avoir fait élire des députés de nouvelle génération si c’est pour les enfermer à double tour le lendemain de l’élection ?

Le Groupe de la République En Marche est déjà connu pour son règlement intérieur verrouillé qui limite le droit d’amendement, interdit la cosignature partisane, et fait des députés des petits soldats de la Macronie. Ce n’est pas un groupe, c’est une phalange macédonienne. A quoi bon avoir fait élire des députés de nouvelle génération, dont certains talentueux et tolérants, si c’est pour les enfermer à double tour le lendemain de l’élection ?

Le parti LREM vient quant à lui de donner un magnifique exemple de régression démocratique : dans quel grand mouvement politique verrait-on se présenter un seul candidat pour une élection interne, muni du seul parrainage du père fondateur, dont les partisans rafleraient l’intégralité des sièges au sein des instances dirigeantes, au mépris des petites listes concurrentes, après qu’à main levée on ait renoncé à voter à bulletin secret ? Cuba peut-être.

Quant au gouvernement, il y a officiellement un Premier ministre, mais il n’a aucune responsabilité de chef de parti, et son équipe est commune à celle du Président. Emmanuel Macron a pris soin de constituer un gouvernement-bis, constitué de représentants officieux, simples secrétaires d’Etat (Christophe Castaner, Benjamin Griveaux,…) auprès des Ministres officiels, tout en nommant les directeurs de cabinet qui réfèrent directement à son équipe elyséenne.

La technocratie de Bercy est à la tête de l’Etat, les élus étant là pour faire de la figuration. Preuve manifeste du vrai poids de chacun : Christophe Castaner, chef de parti, restera au gouvernement.

Demain, le Parlement se pliera-t-il au modèle césaro-technocratique déjà appliqué au Parti, au gouvernement et au groupe parlementaire LREM ? On peut le craindre.

Hypocrite loi sur la moralisation

La proportionnelle assortie à la réduction du nombre de parlementaires va achever ce qui reste de représentation des territoires périphériques et ruraux au profit d’élites mobiles, urbanisées, déconnectées de leur territoire d’implantation. Leur réélection dépendra du fait du Prince.

Le tirage au sort de citoyens – une méthode de sélection grecque qui a été abandonnée lorsqu’on a découvert le vote démocratique populaire – est une piste sérieusement explorée pour constituer une agence interne chargée de contrôler les dépenses du Parlement. Quelle meilleure manière que de consacrer le fait que la démocratie représentative n’est plus légitime au Palais Bourbon ? Emmanuel Macron, avant d’être élu, avait déjà évoqué une commission similaire pour contrôler l’action du Président de la République.

Enfin l’application de l’hypocrite loi sur la moralisation – qui permet aux députés en Marche de continuer à embaucher de manière croisée les membres de leur famille – sert de support aujourd’hui pour mettre les députés sous le contrôle d’un fonctionnaire déontologue ou pour prévoir des règles drastiques sur le cumul d’activités en prévoyant de limiter à environ 10% du traitement indemnitaire, soit 500 euros mensuels, les revenus privés annexes au mandat, un véritable repoussoir pour ceux qui ne veulent pas devenir politiciens professionnels. On invoque le modèle américain, en oubliant que les indemnités des députés américains et leurs moyens sont sans comparaison avec la France : leur salaire annuel est de 174 000 dollars par an, soit trois fois le salaire français et la moitié des parlementaires ont des fortunes personnelles et sont millionnaires. Quant aux effectifs des parlementaires américains, ils se comptent en dizaine de collaborateurs, trois à quatre fois plus que leurs homologues français. Emmanuel Macron, qui ne veut pas d’un régime présidentiel à l’américaine mais d’un régime césariste, se garde bien de s’en inspirer, au contraire.

La conception macronienne du régime, post-démocratique et technocratique, est dangereuse car elle est en passe d’écraser silencieusement tout contrepouvoir. Depuis le début de cette législature, les droits de l’opposition ont déjà été bafoués, qu’il s’agisse de lui dénier le droit de participer à la gestion courante du Parlement, via l’attribution d’un poste de Questeur, ou dans diverses nominations de représentants du Parlement par l’exécutif, dont elle a été exclue.

L’hubris macronienne, la technocratisation rampante, la dénaturation de la Vème République doivent cesser. Nous tirons solennellement le signal d’alerte : M. Macron, nous ne vous laisserons pas tuer le Parlement.

Texte co-signé par J. Aubert T. Bazin, B. Poletti, J-F Parigi, S. Viry, A. Dufaut et B. Fournier.