72ème anniversaire de la libération de Goult — 15 août 2016

72ème anniversaire de la libération de Goult — 15 août 2016

Ce lundi 15 août, j’ai participé avec Maurice Chabert, Dominique Santoni, Didier Perello (maire de Goult) et Gérard Martin (président des anciens combattants de Vaucluse) à la cérémonie d’anniversaire du débarquement de Provence et de la Libération de Goult. A cette occasion, nous avons chacun déposé une gerbe et pris la parole. Je reproduis ci-dessous le texte de mon intervention :

Discours de la Libération de Goult

“Monsieur le Maire,
Monsieur le Président du Conseil Départemental,
Monsieur le Président de la Fédération des Anciens Combattants
Madame la vice-présidente du Conseil Départementale, Maire d’Apt
Mesdames et Messieurs les porte-drapeaux,

Il y a 72 ans, le 15 août 1944, les Alliés débarquaient sur les plages du Var. 350 000 soldats dont 230 000 Français. Un peu plus de deux mois après l’ouverture du second front en Normandie, leur objectif était de venir épauler les troupes qui libéraient progressivement la moitié nord de la France et de précipiter la défaite des armées allemandes en France, avant l’assaut final contre l’Allemagne elle-même. Il était également, pour de Gaulle, de soulager la répression terrible qui frappait depuis le 6 juin les FFI Provençaux – près de 400 morts entre le 6 et le 17 Juin dans notre région.

Ce débarquement de Provence se doubla d’une guerre asymétrique entre des résistants de l’Intérieur en situation d’infériorité numérique et d’armement, et l’occupant. Et pourtant, elle se solda par un brillant succès : bousculant les prévisions les plus optimistes, la Provence fut libérée en une quinzaine de jours, grâce au courage des troupes débarquées et l’appui de la résistance intérieure.

Apt fut libérée les 22 et 23 août par des forces américaines venant de Manosque. Le relief de la Provence et du Luberon facilita les actions de harcèlement de la Résistance, mais permit aussi aux troupes allemandes en retraite de se dissimuler en cherchant à regagner la vallée du Rhône. S’ensuivirent des combats parfois confus où de nombreux soldats et des résistants perdirent la vie.

En périssant les armes à la main, nos aînés – A Goult, ils se nomment Albert BRIFUNE, Adrien BOURDON, Julien BARADEL, Jean CHEVALIER, Paul ESPOURTEAU, Louis GUITON et le résistant Bertin HARDY – nos aînés se sont endormis dans l’espérance de nous avoir laissé un monde plus juste et plus sain.

Il me semble parfois que ce sont leurs chuchotements qui donnent vie aux drapeaux tricolores fièrement brandis autour du monument ce lundi, comme s’il s’agissait de nous mettre en garde contre nous-mêmes.

« Il y a des pays où les gens au creux des lits font des rêves. » Ce pays, que les partisans, résistants et soldats ont chanté en 1940-45, n’est plus un rêve mais une réalité. Il s’appelle la France de 2016. De notre coté, sommes-nous éveillé à cet héritage ? Serions-nous dignes de leur survivre si nous n’assurions pas toutes ses garanties à l’Idéal pour lequel ils ont fait le sacrifice d’une vie riche des plus belles promesses ? Personne ne refuse à nos sacrifices le respect et les regrets, les honneurs et la gloire. Mais les fleurs qu’on dépose sur des tombes honorent les morts sans protéger les vivants. La France de 2016 veut vivre.

Alors que l’actualité des derniers mois se fait plus sombre, et que le vol noir des corbeaux semble sonner l’alarme d’une nouvelle ère de sang et de larmes, cet héritage de liberté et de confort nous paraît à juste titre menacé, en péril et donc sacré. Cette commémoration est une opportunité de réfléchir au sacrifice passé, d’éclairer le futur, bref de rendre hommage aux héros d’hier et d’y trouver l’espoir, l’exemplarité et le courage de faire face au retour de la Barbarie. La culture de la mort est de retour, le fanatisme est de retour, l’élimination du vivant pour ce qu’il est et pour ce qu’il incarne est de retour.

La France a besoin de s’armer et de voir le monde tel qu’il est. Les voix d’outre-tombe, qui nous prêchent la fraternité française, exigent aussi pour la France la sécurité. Winston Churchill avait pourtant prévenu le gouvernement Français : Vous aviez le choix entre l’humiliation et la guerre, vous avez choisi l’humiliation et vous aurez la guerre.

La France a besoin de résistants, et le premier acte de résistance est de croire en la victoire malgré la peur que peut nous inspirer l’Ennemi, ses moyens, et l’absence totale de moralité qui peut le caractériser. C’est le message du 18 Juin 1940, un message qui ne fait pas l’amalgame entre celui qui résiste courageusement, celui qui plie silencieusement et celui qui collabore honteusement.

La France a besoin, pour vivre et pour grandir, de l’union qui fit la force de sa résistance et qui lui donna le salut. Sachons nous imposer, dans l’intérêt commun, les devoirs qu’exige la discipline nationale. Rappelons-nous au passage que 90% des troupes débarquées en Provence étaient issues d’Afrique du Nord, dont environ 100 000 Français d’origine maghrébine et quasiment autant de pieds-noirs. Rappelons nous que pendant que la France légale se prostituait à Vichy, c’est une poignée de patriotes qui ont incarné l’âme de ce pays, à Londres, à Alger et sur le territoire de la France, et que c’est cette France-là, la seule France dont nous chérissons le souvenir, qui a refondé la République.

La victoire, qu’elle soit politique ou militaire est toujours précédée d’une victoire morale, et c’est la grandeur du sacrifice, la capacité à dépasser leurs divergences et le courage des combattants de 44 qui a fini par saper l’ordonnancement bien huilé de la machinerie inhumaine inventée par les Nazis. Victor Hugo n’avait pas dit les choses autrement en écrivant : “On résiste à l’invasion des armées, on ne résiste pas à l’invasion des idées.”