“Brûlez-les tous, la République reconnaîtra les siens !”

“Brûlez-les tous, la République reconnaîtra les siens !”

Il a fallu la lier, cette forcenée, cette France, (…)  Maintenant elle est au cachot, à la diète, au pain et à l’eau, punie, humiliée, garrottée, sous bonne garde ; (…) – Ah ! qu’est-ce que c’est que ce spectacle-là ? qu’est-ce que c’est que ce rêve-là ? qu’est-ce que c’est que ce cauchemar-là ? d’un côté une nation, la première des nations, et de l’autre un homme, le dernier des hommes, et voilà ce que cet homme fait à cette nation ! Quoi ! il la foule aux pieds, il lui rit au nez, il la raille, il la brave, il la nie, il l’insulte, il la bafoue ! Quoi ! il dit : il n’y a que moi ! Quoi ! dans ce pays de France où l’on ne pourrait pas souffleter un homme, on peut souffleter le peuple ! Ah ! quelle abominable honte !” (Napoléon le Petit, Victor Hugo)

Acte I – “Qui veut noyer son chien, l’accuse de la rage”.

J’avais dit dans l’hémicycle, lors de la seconde lecture du texte sur le mariage pour tous : “C’est là tout le piège de ce débat. Les raccourcis sont faciles. En expliquant que tous les couples ne se valent pas, on prête le flanc à d’évidentes critiques de la part de ceux qui refusent de penser ce débat autrement qu’en termes de symboles politiques. La vraie question est : la société considère-t-elle qu’un couple homosexuel doit être fictivement et juridiquement considéré comme identique – alors qu’il ne l’est pas – à un couple hétérosexuel ? Je ne parle pas d’amour ou d’égalité entre les citoyens. Je parle de mettre un signe égal entre des situations personnelles qui sont objectivement différentes.

Un de mes collègues socialistes, Thomas Tevenoud, qui s’était jusqu’ici fait plus remarquer pour son goût du scrabble que pour son activité parlementaire, a fait un résumé très personnel de ce passage sur son site un billet intitulé “Violences anti-mariage pour tous : l’UMP jette de l”huile sur le feu”, dans lequel il écrit : “Mercredi soir, c’est Laurent Wauquiez qui ouvre le bal en prophétisant que « tout cela va mal se finir ». Puis, c’est Julien Aubert qui explique que « tous les couples ne se valent pas ». Jeudi matin, c’est au tour de Philippe Cochet d’accuser la « gauche d’assassiner les enfants»”.

Vous apprécierez le ridicule de la chose.

Comme je le disais donc : les raccourcis sont faciles, c’est tout le piège de ce débat. Les socialistes ont d’ailleurs tous choisi la voie de la facilité, en caricaturant à outrance l’UMP et en nous méprisant ouvertement : le bien contre le mal, le pur contre l’impur, le camp de la lumière et du progrès contre les ténèbres de la pensée, voilà le tableau qu’ils ont souhaité dépeindre.

Retournons-leur la caricature : c’est le nouveau clergé de ce nouveau moyen-âge de la pensée.

Ah, si seulement on pouvait encore excommunier les hérétiques, comme au bon vieux temps ! Pendre le dernier fasciste avec les tripes du dernier homophobe, le rêve de tout homme de bon goût qui se respecte.

Acte II – “Qui sème le vent, récolte la tempête.”

Que répondre à nos inquisiteurs en peau de lapin ?

Que dans leur autisme législatif, ils n’ont accepté aucune voix discordante dans les auditions (reçus entre-deux-portes, les opposants du mariage), aucun avis critique dans le pré-projet de loi (aux oubliettes, l’avis du Conseil d’Etat), aucun amendement sur le projet de loi (forcément, le leur est parfait).

Que dans leur narcissisme idéologique, ils se sont emmurés vivants dans le déni de réalité, oubliant que l’objet même de leur projet de loi n’était pas une victoire d’une France sur l’autre, mais plutôt une meilleure coexistence de formes différentes de sexualité.

Que dans leur certitude inébranlable d’être les porteurs de la bonne nouvelle, ils ont méprisé les dizaines ou les centaines de milliers de gens accourus de toute la France et qui demandaient à se voir reconnaître un droit fondamental : celui d’être écoutés.

Ils ont nié les chiffres, ils ont traqué et arrêté les plus récalcitrants (Lorsque la Droite est au pouvoir, la Gauche aime parler de “rafles”). Et ils ont provoqué un terrible gâchis que la France découvre horrifiée aujourd’hui. Nous avons fait un bond de 20 ans en arrière en matière d’acceptation de l’homosexualité.

Au lieu de faire machine arrière, le parti socialiste, vendu à ses éléments les plus idéologues, accuse désormais de ses propres turpitudes le camp adverse, maintenant coupable d’avoir défendu ses idées.  C’est ainsi que la différence est devenue un péché, au nom du respect des différences. Vite, une croisade !

Acte III – “Charité bien ordonnée commence par soi-même”.

Ce que les groupies du mariage pour tous ne comprennent pas, c’est que la question dépasse le simple statut juridique de tel ou tel.

A-t-on le droit de faire passer une réforme qui contient en elle les ferments d’une révolution de la filiation et de la loi matrimoniale, au-delà même de ce que pense la majorité des députés qui la fait voter, et ce malgré l’opposition d’une majorité de Français ? La simple application du fait parlementaire partisan sur un sujet aussi clivant est-elle acceptable alors qu’un référendum est possible ?.

Si le peuple est consulté, et répond “oui”, je n’aurai aucun repentir à accepter la loi de la majorité. Mais qu’on arrête de nous prendre pour des ennemis de la Nation.

Si le gouvernement veut lutter contre la haine, qu’il se penche sur les dérives de ses extrémistes, alimentées par les propres débordements des députés PS. Sur Twitter, j’ai vu passer des torrents de haine à mon encontre et à celle de mes collègues. Photo truquée et dégoûtante, amalgames misérables avec le Front National, menaces verbales. Je ne reviens même pas sur le délit d’usurpation d’identité dont j’ai été la victime.

Le plus sordide aura été l’équivalent d’un”Wanted” affichant le portrait d’une trentaine de responsables politiques (dont le mien) avec la phrase “l’Homophobie tue : nous n’oublierons pas”. Que faut-il comprendre ? L’étape d’après, quelle est-elle ? Du goudron et des plumes ? on nous déporte en Sibérie ? Ou on nous tire une balle dans la nuque ?

J’espère qu’avant, la Sainte Inquisition nous accordera au moins un procès. Pas un vrai, hein, ne rêvons pas : on n’est pas allié aux communistes sans forcément que ça vous déteigne pas un peu dessus. Une purge reste une purge, comme dirait Mélenchon.

Peut-être aurai-je le droit de demander à mes accusateurs à quel moment j’ai professé une quelconque opinion homophobe ?  On jouera au juge et au prévenu. On fera comme si il y avait une possibilité de pardon et un principe du contradictoire. Je leur dirai que j’ai abordé le sujet de la hiérarchie des normes internationales, de la liberté des maires à ne pas célébrer des mariages, de l’importance de contrebalancer les droits des individus avec ceux des enfants. Il y a des vidéos, monsieur l’Inquisiteur : regardez-les.

Je les supplierai peut-être, dans un éclair de lucidité, d’avoir péché par ma mal-pensée : mes interpellations étant restées sans réponse de la part des ministres, j’ai cru qu’ils acquiesçaient !

Et puis on me fera comprendre, avant de me forcer à faire mon auto-critique (publique) que de toutes manières les preuves n’ont pas beaucoup d’intérêt : qu’importe à quel moment j’aurai professé une opinion ! Le seul fait même de penser différemment est en soi la marque de ma culpabilité. J’ai voté, c’est bien là l’essentiel des preuves accumulées. Accusé suivant.