C’était Charlie !

C’était Charlie !

Ce soir, les gaullistes ont perdu une de leurs figures les plus marquantes, Charles Pasqua. Ses détracteurs auront plaisir à souligner sa part d’ombre. Je retiendrai pour ma part le résistant, gaulliste et culotté qui a marqué l’histoire de la Vème République.

J’ai eu l’honneur de rencontrer Pasqua une fois, au Sénat : Charles Pasqua, avec Philippe Séguin, était en effet l’une de mes deux idoles politiques, celles d’un RPR populaire, patriote, jacobin et républicain. Le premier symbolisait la gouaille, la personnalité, la sécurité. On humait le fumet napoléonien dans sa geste. Il fallait terroriser les terroristes, grondait-il, de sa voix caverneuse. Le second, c’était le social, les grands principes, l’esprit. Valmy. La voix et la plume : Deux ogres républicains qui faisaient un peu peur mais dont on devinait en creux, qui la bonhommie, qui la fragilité. Deux piliers du gaullisme authentique.

Nous étions en 2008 ou 2009. J’avais insisté auprès de son secrétariat pour me faire dédicacer l’un de ses ouvrages. Sa secrétaire, après m’avoir gentiment proposé d’expédier par la poste ledit volume, avait fini par comprendre qu’en fait je voulais surtout le voir et le rencontrer. Après tout, j’habitais à deux pas du Sénat, lui avais-je répété deux ou trois fois. Et ce fut accordé sans difficulté : l’homme était affable et accessible.

C’est ainsi que je fus reçu une bonne heure par l’Idole, un charmant monsieur bien loin des caricatures de presse. Alors que je critiquais Jacques Chirac, il avait eu cette curieuse réaction de le défendre: “Vous savez, ne le critiquez pas. C’était un type bien, mais il a été élu trop tard : il avait déjà été digéré par le système“. Il m’avait bombardé de conseils et incité à faire de la politique.

Charles Pasqua était un homme politique qui déclenchait la sympathie. C’était un visage et un caractère, un personnage dont il savait jouer comme seuls quelques grands anciens encore peuvent le faire. Il nous rappelle une heureuse ère où on pouvait parler encore sans avoir recours à un vocabulaire aseptisé, ni à des idées préconçues. Sa dernière sortie, sur l’emprisonnement des terroristes, avait été très audacieuse et en même temps rafraichissante, tellement elle était anti-langue de bois.

Adieu Charles, nous te regretterons et surtout tes idées nous manqueront, parce que pour décapiter l’hydre terroriste, c’est de gens comme toi qu’il nous faudra avoir. Dis bonjour à Philippe !