Tous le chemins mènent à Rome

Tous le chemins mènent à Rome

La chute de l’Empire romain, on le sait, fut concomitante des “invasions barbares”. Bien que l’on considère la « barbarisation » progressive de l’armée romaine comme l’une des causes de la décadence de l’empire, ce sont moins les barbares intégrés dans l’armée régulière romaine qui jouèrent un rôle décisif dans la chute finale que les alliés germaniques. Il s’agissait d’un cercle vicieux, car en s’emparant des provinces les plus riches, les peuplades germaniques de même que les Huns privèrent Rome des ressources financières qui lui permettaient de maintenir la puissance de son armée, ce qui obligea à l’enrôlement de germaniques en nombre toujours plus considérable dans ses rangs. Intégrant ainsi de plus en plus d’éléments étrangers, les troupes échappèrent progressivement au contrôle de l’empereur, remplacèrent progressivement les troupes régulières et, là où leur groupe ethnique fut assez fort, établirent de facto des royaumes sinon indépendants, du moins autonomes.

On comprend mieux dès lors l’hystérie ambiante. Comment notre civilisation européenne ne tremblerait-elle pas, forte de ce précédent, en voyant à la fois les chiffres des populations immigrées (5 millions en France d’immigrés et de descendants d’immigrés, d’après un dossier statistique de Valeurs Actuelles qu’on ne saurait suspecter de complaisance) et désormais les chiffres des ces milliers de gens qui traversent les frontières ?

En même temps, nous sommes les héritiers d’une certaine conception de l’homme et la vision de ce petit enfant noyé ne correspond certainement pas à l’Europe que nous voulons.

Le débat sur les migrants doit à mon sens cependant éviter trois écueils.

Le premier, c’est la panique : non, la société européenne, l’économie du vieux continent ne va pas s’effondrer subitement de l’intérieur en absorbant ces migrants. Nous ne sommes pas revenus en 400 après JC : l’Empire Romain n’était pas une nation mais une construction politique vieille de quelques siècles, à comparer à nos Etats-Nations beaucoup plus anciens et homogènes. De plus, quoiqu’en disent les théoriciens du “Grand Remplacement”, il faut remettre les chiffres en proportion : en 2014, c’est plus de 600 000 personnes qui ont demandé l’asile en Europe (300 000 ont passé la méditerranée en 2015), du jamais vu depuis le grand exode de 1992 lié à la guerre en ex-yougoslavie. Or, il y a 742 millions d’européens (soit dix fois plus que l’Empire romain à son apogée). A l’échelle de la ville de Carpentras qui compte 30 000 habitants, cela voudrait dire accueillir 24 personnes, c’est à dire beaucoup moins que l’accroissement naturel de la population locale…Reste que la tolérance d’un corps social a des limites et que des désordres sont possibles évidemment si on le fait de manière anarchique. En outre, tout dépend de la nature de ces migrants qui peuvent être des braves gens … Ou des agents de Daech, profitant de la misère de leurs victimes pour porter le combat en Europe.

Le second c’est l’angélisme : non, ce n’est pas en se contentant d’accueillir à bras ouverts ces pauvres gens qui fuient leur pays qu’on va endiguer le phénomène car se produit évidemment un effet d’appel. Il n’y a pas les artistes du XVIème arrondissement de Paris qui ont du coeur et les méchants droitiers qui veulent des camps de rétention et une réforme de Schengen.

Le troisième, c’est le simplisme : il ne suffit pas de “refuser” ou “refouler” les migrants pour que le problème soit résolu et d’éloigner le problème. Fermer les frontières, c’est demander aux pays les plus faibles de l’Europe d’absorber seuls le choc au motif qu’ils sont limitrophes des zones en guerre. Et si ces derniers sont submergés, que ferons nous ?
Marine Le Pen a proposé de son coté la création de “zones humanitaires in situ”, ce qui suppose 1. D’y ramener les migrants qui sont arrivés jusqu’à chez nous (chiffrez la mesure sur 600 000 personnes, sachant qu’une reconduite à la frontière coute 21 000 euros par personne) 2. D’envoyer des troupes pour sécuriser ces zones, qui seraient d’ailleurs imposées aux armées sur place 3. De croire en leur efficacité : Madame Le Pen a oublié le massacre de Srebrenica (8 000 victimes) dans une “zone de sécurité” de l’ONU, sous les yeux de 400 casques bleus impassibles…

Une famille qui est prête à mourir pour échapper à la guerre civile, et qui ne craint pas les passeurs, la mer, le froid, ne conçoit pas notre poste frontière ou même un mur de barbelés comme un obstacle infranchissable. Lorsqu’on lutte pour sa survie, on est prêt à tout : rappelez vous les gens qui ont préféré se défenestrer du world trade centre pour échapper à une mort certaine dans les flammes du batiment.

La migration n’est donc pas seulement affaire d’offre (nos politiques sociales, schengen, notre politique d’asile…) mais de demande (la situation politique de ces pays).

La seule manière de stabiliser ces populations jeunes est de développer économiquement les rives de la Méditerranée et le Proche Orient – c’était le but de l’Union pour la Méditerranée – et donc de sécuriser politiquement des régimes, qui à défaut d’être totalement démocratiques, pourront au moins fournir le cadre nécéssaire à la croissance, sur le modèle de Singapour par exemple.

La seule option militaire est rassurante à court terme mais à envisager avec prudence : chaque fois que nous avons voulu “agir vite” en usant de la force, cela a coûté très cher, nous avons déchaîné des forces qui ont causé la crise suivante et cette succession d’interventions a fourni aux fous religieux un terreau fertile pour leur guerre sainte…