Le choc des mots, le poids des actions

Chaque jour, la violence se déploie. Il y a quelques jours des excités s’en sont pris à l’ancien olympien Mathieu Valbuena, au Stade Vélodrome, à coups de projectiles, allant même jusqu’à tenter d’envahir le terrain. Hier, des hauts-responsables d’Air France se sont fait quasiment lyncher par des ultra-syndicalistes lors d’un comité d’entreprise. Plus tard dans la soirée, des policiers de la Bac ont été victimes d’un get-apens sur Arles, pris à partie en pleine opération dans les cités par une trentaine de fous-furieux.

Voilà pour le tableau de la semaine.

Alors que la violence explose partout, la seule préoccupation de la sphère médiatico-politique semble d’en interdire toute traduction politique dans les mots en faisant la chasse à la moindre aspérité de langage. On préfèrera parler de « jeunes » dans « des quartiers ». Surtout aucune autre précision, ce serait stigmatiser.

Aux frontières, on s’interroge : peut-on parler de « migrants économiques » ou de « réfugiés » ? Vaste question !

Enfin, plutôt que de parler de l’extraordinaire brutalité des ultras d’Air France, les officiels ont préféré parler de « débordements », comme au foot !

Le pompon aura été l’incroyable « buzz » sur Nadine Morano. S’appesantir sur les mots employés aura permis d’évacuer le fond de la question posée à savoir la question du choc des cultures. Il ne s’agit pas ici de donner un blanc-seing à Nadine Morano, qui aurait dû éviter d’utiliser un terme ethnologiquement inexact ou dépassé, mais bien de se demander quel diagnostic commun pouvons-nous porter pour décrire un état de société, qui, lui, reste catastrophique avec la montée des ghettos et du communautarisme. Les Etats-Unis s’interdisent de parler de « noirs » mais leur société est une des plus racistes et clivées qu’il soit. Est-ce la meilleure manière de résoudre le problème ? Est-il encore possible de dire que la France est un pays majoritairement peuplé de blancs de culture chrétienne, ouvert à tous pourvu qu’on fasse l’effort d’en respecter ses lois et sa culture ? Je m’interroge. Pour certains, s’obstiner à donner un périmètre d’identité, c’est forcément induire que les autres en sont exclus.

Dès lors, je comprends la colère de mes concitoyens lorsqu’ils voient le décalage croissant entre ce qu’ils ont tendance à appeler « la vie réelle » (communautarisme, choc des cultures, montée des incivilités, violence sociale, délitement des institutions) et « Paris » (encore appelé « les élites », ou « le système ») qui se contente de ratiociner, souvent sans agir, et qui choisit des mots lisses à des milliers de kilomètres du ressenti des citoyens. Le décalage avec la sphère médiatico-politique est parfois surréaliste.

Le premier réflexe de l’électorat est pour le moment d’aller vers les extrêmes, c’est à dire ceux qui font de la violence du langage leur marque de fabrique pour coller au terrain. Instinctivement, les Français se disent « celui qui nomme la violence du monde avec la violence des mots l’a compris ». C’est le fameux « Il dit tout haut, ce qu’on pense tout bas ». Ce n’est à mon avis par la martingale. Premièrement, la violence des mots ne fait qu’accroitre la violence de la société. Lorsqu’on explique que l’Islam est un problème – tout d’un bloc – pour la France alors que nous connaissons tous personnellement des dizaines de Français de culture musulmane parfaitement intégrés, on se tire une balle dans le pied en antagonisant la masse au nom d’une minorité d’excités et/ou d’intégristes. Lorsqu’on met dans le même sac patrons de PME et grandes entreprises du CAC 40 en les présentant comme les profiteurs d’un système capitaliste, on en devient risible.

Deuxièmement, ce dont nous avons besoin c’est plus de fermeté dans l’action – quitte à conserver un vocabulaire neutre – qu’un parti gueulard qui hurle avec les loups. Parler de « submersion migratoire » comme le fait Madame Le Pen n’amène strictement rien de plus que celui qui préfère décrire une « vague de migrants », à moins qu’on ait des solutions réalistes à proposer. Un douanier tous les 100 mètres le long de la frontière me semble relever plus du « yakafaucon » qu’autre chose. Idem pour Mélenchon avec sa retraite à 60 ans et son SMIC de luxe. Promettre ce qu’on ne peut pas faire, c’est (se) mentir.

Le FN et le Front de Gauche se sont faits une spécialité de cette rhétorique brutale en prétendant incarner la table rase et de mettre en place de nouvelles pratiques politiques. Dans les faits, au-delà de la com’ il n’y a pas grand-chose. Au Pontet, M. Hébrard s’est surtout fait remarquer … pour avoir sucré les primes des fonctionnaires de mairie tout en tentant de s’augmenter de 44% son salaire. C’est au pied du mur qu’on voit le maçon…

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