De la démocratie en France (ou ce qu’il en reste)

De la démocratie en France (ou ce qu’il en reste)

Mon ami député des Yvelines, Henri Guaino, a quitté ce soir le plateau de “C à vous”, alors qu’il débattait du mariage pour tous avec Jean-Luc Romero. Débattre est un grand mot : tandis qu’Henri tentait de développer une analyse avec de la consistance et du fond, il était invariablement interrompu par son contradicteur. Les journalistes ont laissé faire, jusqu’à ce qu’Henri décide de quitter le plateau.

Evidemment, la scène a fait le “buzz”. Plus lamentable encore a été l’analyse de la petite élite médiatique qui se regarde le nombril. Pour Metronews, c’est une énième crise de nerfs (sous-entendu : d’un Henri Guaino qui ne se contrôlerait plus). Pour le Figaro, Guaino aurait traité Romero “d’abruti”, puis aurait “refusé le débat”. La twittosphère a évidemment rajouté sa couche.

Il est tellement plus simple de décrédibiliser celui qui refuse l’abaissement. Mauvais joueur, Henri. Il fallait faire “guignol” jusqu’au bout, faire semblant de rire sur des sujets sérieux, et pourquoi pas devenir soi-même une bête pour égaler ton adversaire.

Ce n’est qu’un épiphénomène mais il montre bien toute la difficulté qu’ont les élus de la République à faire respecter la diversité… de la pensée. Alors que notre République se gargarise justement de mettre en avant, par de savants quotas, cette “diversité” sociale et ethnique, celle-ci régresse à vue d’oeil au plan de l’échange d’idées. Toute personne qui pense différemment de la pravda a droit au pilori. L’impolitesse et la rustrerie sont devenues la norme. Et l’on peut ignorer 500 000 personnes en minorant leur nombre, en caricaturant leurs idées, en les présentant de manière dédaigneuse comme les relents nauséabonds de la France moisie, “ceux qui n’ont pas encore rejoint le grand dessein du XXIème siècle et qui seront amenés à s’adapter ou bien à disparaître”.

Bref, nous vivons dans une soit-disante société civilisée qui érige en mode de débat le matraquage de l’autre et de ses idées, au nom de la Tolérance. Vive la Gauche Laogaï.

Tocqueville n’a jamais été aussi moderne : le penseur de “De la démocratie en Amérique” avait très bien repéré la tyrannie intellectuelle des démocraties, qui sous couvert de la bienveillance universelle, de l’ouverture d’esprit, de la tolérance sans frontières, entend rendre égales toutes les opinions : c’est le fameux “tout se vaut”, très justement repéré par le pape Benoit XVI comme le mal du siècle.

Cette indifférenciation conduit à éteindre l’esprit critique : le vrai et le faux, le juste et l’injuste, le sacré et le profane, le légitime et l’illégitime n’ont plus de sens dans une société qui se fait fort de tout mettre sur le même plan et qui condamnerait toute tentative de hiérarchisation. Vouloir critiquer, c’est nier l’égalité des pensées, et donc menacer le système.

Ce que Alexis de Tocqueville n’avait point anticipé, c’est que la tentation égalitariste des démocraties modernes serait amplifiée par le fait médiatique. Le “système” médiatique est jacobin, au sens qu’il est par essence centralisé : il est beaucoup plus homogène que l’élite politique, qui peut-être locale ou nationale, et qui se renouvelle mécaniquement sur la base de clivages d’idées. Parce que le système médiatique se résume à quelques centaines de “leaders d’opinion” qui se connaissent tous et sont dans une situation d’interdépendance, il est spontanément convergent ou centripète : comme les églises du Moyen-Âge, il converge vers une vérité. Le médiatiquement-correct. Le dogme.

Et qui dit “dogme” dit “pape” et “excommunication”.

La grande lessiveuse d’aujourd’hui, c’est un système qui nivelle l’esprit critique politique en massacrant ceux qui veulent remettre un ordre de valeur dans les principes politiques, et une sphère médiatique qui amplifie la brutalité de la répression et l’unicité de la pensée. La télévision mythifie le politique, car elle lui permet de toucher chaque foyer. Mais elle le broie et le détruit, car elle dénature l’échange d’idées. Il n’est pas anodin que les journalistes comme les hommes politiques figurent au même hit-parade de l’impopularité et soient généralement présentés comme “complices”.

La Droite de 2017 devra se battre pour la diversité des expressions, pour la liberté de penser différemment, et pour le retour de la critique, base du choix politique. Car si tout se vaut, pourquoi voter ?