De la démocratie sur les réseaux sociaux

De la démocratie sur les réseaux sociaux

La récente élection régionale en Provence Alpes Cote d’azur et les réactions très vives constatées sur les réseaux sociaux m’ont fait prendre conscience une nouvelle fois de la méconnaissance qui se généralise du fonctionnement de la démocratie. Plus problématique, lorsque l’on a le malheur de ne pas approuver la loggorrée de critiques ou de remarques de mauvaise foi, on est taxé de “méprisant”.

Je me permets donc ici de donner mon sentiment sur un certain nombre de clichés lus ici ou là :

1/ Il y aurait “déni de démocratie” lorsqu’une liste se retire au profit d’une autre parce que “cela fausserait le résultat”. Rappelons qu’en PACA, la Gauche a choisi de le faire sans contrepartie, au nom de ses idées. Néanmoins, les controverses sur “Vous avez été élus avec les voix de la Gauche” me semblent déplacées : On est toujours élu au second tour par les voix du premier tour (son socle) et les voix des autres qui se reportent sur vous (second choix). Dans le cas d’espèce, il n’aura pas échappé que vu la faiblesse de la Gauche au premier tour et la force du rebond au second tour, notre élection a mobilisé bien plus qu’un simple report de voix. Lorsque dans une triangulaire, un candidat se maintient, cela modifie aussi le résultat. C’est ainsi que Madame Le Pen a été élue et à l’époque le FN ne trouvait rien à redire.

Voilà pourquoi je milite pour qu’on mette en place un scrutin à un tour : on mettra fin à cette hystérie collective qui accompagne les appels à voter entre les deux tours.

Il est incontestable que l’absence de la Gauche fragilise la représentativité politique de l’assemblée régionale mais que dire dans ce cas de la présence de seulement 2 élus FN sur 577 au Parlement ?

Je rappelle enfin que ce ne sont pas les partis qui représentent les électeurs, mais les hommes et femmes élus. On ne mesure pas la force d’une démocratie au nombre de partis (pourvu qu’il n’y en ait pas qu’un) mais à la qualité et à la diversité intellectuelle de ses représentants. Le Congrès américain, avec pourtant deux partis, est beaucoup plus vivant que le Parlement français…

2/ Certains ont critiqué le fait qu’il y ait 14 vice-présidents au Conseil Régional, y voyant une gabégie ou un phénomène anormal. J’ai même vu quelqu’un souligner qu’aux Etats-Unis il n’y a qu’un seul vice-président, preuve irréfutable que nous serions dans le faux.

Rappelons que le vice-président américain est un joker, élu en même temps que le Président, sans pouvoir propre. Il ne joue un rôle, comme le suppléant d’un député, qu’en cas de décès. A l’inverse, la loi française impose de désigner entre 4 et 15 vice-présidents qui déchargent le Président, tel des ministres, de la gestion d’une collectivité. Imagine-t-on un gouvernement mono-ministre? Ou un Président de Région qui assurerait seul la présence en conseil d’administration dans plus de 6000 structures liées ?

D’autres ont attaqué sur le cumul. Je suis pour ma part favorable au cumul d’un mandat local et d’un mandat national, et ce n’est pas une nouveauté puisque j’étais conseiller municipal de Carpentras.

Sur le cumul des rémunérations, rappelons quand même que le parlementaire qui cumule coute moins cher que celui qui n’est pas parlementaire car son indemnité de VP est écrêtée (il ne peut pas percevoir plus d’1,5 fois son indemnité de base). Pour un parlementaire, être VP signifie donc beaucoup plus de travail pour une rémunération quasiment égale à celle qu’il aurait de toutes manières touché comme conseiller régional. En d’autres termes, la loi sur le non-cumul qui rentrera en vigueur en 2017 va augmenter considérablement les dépenses liées au fonctionnement de la démocratie car il y aura plus d’émus aux indemnités déplafonnées.

3/ J’ai enfin lu de “brillants” développements sur “ces élus qui coûtent cher” et “qui ne sont pas 24/24 et 7/7” au boulot. L’incompréhension de la démocratie conduit à la démolir : la dictature coute bien plus cher que la démocratie, car elle fonctionne par prédation. En démocratie, l’élu ne “vole” pas son indemnité : il la touche car le peuple a voté pour lui, il travaille en contrepartie et je ne connais personne, élue ou pas élue, qui n’ait pas besoin de se reposer, se ressourcer, se distraire ou manger en famille.

Ceux qui se drapent dans la nappe de leur cuisine pour jouer les Desmoulins ou les Pères la Vertu n’ont qu’à se présenter devant les suffrages ou venir faire un stage avec moi. Mes semaines font entre 80 et 110 heures et je serais pour ma part heureux de voir comment leurs beaux discours tiendraient face à la réalité.