Des députés LR aimeraient que Fillon modère son programme sur la sécu et les fonctionnaires

Des députés LR aimeraient que Fillon modère son programme sur la sécu et les fonctionnaires

Les faits : François Fillon réunissait mardi soir tous les parlementaires LR à la questure de l’Assemblée nationale. Selon un sondage Ifop pour Paris Match, le candidat victorieux de la primaire arriverait en tête du premier tour de l’élection présidentielle, avec 28 % contre 24% à Marine Le Pen.

Ce n’est pas encore un mouvement de panique, mais c’est une petite musique dont François Fillon devra tenir compte. Elle a pour la première fois commencé à se faire sérieusement entendre mardi, lors de la réunion du groupe LR à l’Assemblée.

Dans la salle 6217 du Palais Bourbon, les députés de l’opposition, peu nombreux, débattent de l’opportunité de déposer une motion de censure contre la nomination de Bernard Cazeneuve. L’idée est finalement abandonnée. Puis c’est Laurent Furst, député du Bas-Rhin, qui demande la parole. L’élu parle des inquiétudes suscitées sur le terrain par le projet du candidat de la droite en matière de Sécurité sociale. Dominique Tian (Bouches-du-Rhône) et Jean-Claude Bouchet (Vaucluse) s’expriment à leur tour et relayent le même constat. Le ton n’est pas vindicatif, leurs interventions sonnent plutôt comme une mise en garde.

François Fillon n’est pas là pour leur répondre. Mais Bernard Accoyer, un de ses proches, promu la semaine passée secrétaire général des Républicains par le candidat de la droite à l’Elysée, intervient et… soutient ses collègues qui viennent de parler. Spécialiste des questions de santé, il reconnaît que le projet filloniste en matière de Sécurité sociale suscite des inquiétudes, qu’il ne doit pas se faire au détriment des impératifs de solidarité nationale. Le député de Haute-Savoie estime que, lors de sa future campagne, François Fillon devra prendre en compte ces craintes.

Depuis la victoire flamboyante du député de Paris lors de la primaire, les députés ne sont pas rares à reconnaître qu’ils se font interpeller dans leurs circonscriptions sur la radicalité du programme de celui qui est désormais leur candidat à la présidentielle. C’est le cas par exemple de Julien Aubert, député LR du Vaucluse, qui en a parlé avec quelques-uns de ses pairs. « C’est un bruit de fond, assure-t-il. Ce n’est pas une grosse inquiétude mais elle existe. Dans les territoires dits périphériques, fragilisés, la crainte est que la potion se révèle trop amère. Il faut faire attention et rééquilibrer : garder l’angle libérateur – libérer les énergies, les Français – mais faire attention à la réforme à la hache. »

Président du conseil général de l’Ain et soutien de Bruno Le Maire pendant la primaire, le député Damien Abad a présidé lundi une réunion avec les syndicats de sa collectivité. « Je me suis fait cartonner sur la suppression de 500 000 fonctionnaires et les 39 heures », raconte-t-il. Il en a tiré une conclusion : « Il faudra peut-être un peu moduler les choses. Toute politique brutale ne marche pas. François Fillon a raison sur le fond mais il faudra que sa politique soit bien quantifiée. »

Maire de Tourcoing, Gérald Darmanin a, lui, reçu une lettre signée collectivement par les syndicats de sa commune, également vent debout. « La campagne a déjà commencé, signale-t-il. Cinq mois avant, c’est tôt. » Dès le lendemain du second tour, l’ex-coordinateur de la campagne de Nicolas Sarkozy s’alarmait déjà de l’absence des classes populaires, peu concernées par les discours développés lors des deux tours de la primaire de la droite. « Il y a une crainte chez les élus qui est en train de monter. Le côté ultralibéral les fait flipper. Il va y avoir une forte pression durant la campagne pour qu’il fasse évoluer son projet », prédit un responsable des Républicains.

La méconnaissance d’un programme dont ils ne connaissent pas tous les détails y est aussi sans doute pour beaucoup. « C’est encore tout chaud, on va tous se l’approprier le projet, il n’est pas cadenassé », considère le député sarkozyste du Rhône, Georges Fenech. Mardi matin, lors de la réunion qui s’est tenue au parti autour du nouveau patron Bernard Accoyer, certains participants ont demandé des fiches-argumentaires. « Les troupes veulent des armes pour pouvoir se battre », résume le député sarkozyste et trésorier du parti, Daniel Fasquelle.

Les fillonistes sont bien conscients qu’il faudra faire œuvre de pédagogie et répondre à l’envie des élus d’enrichir le projet. « La campagne présidentielle sera très différente de celle de la primaire. Il faudra exprimer l’idée d’ascenseur social, donner de l’espérance à des gens qui n’en ont plus », estime le président du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau, fervent soutien de l’ex-Premier ministre.

François Fillon pourra également s’appuyer sur un atout : la primaire a réglé tout débat sur le leadership à droite. « Ce n’est pas une remise en cause de l’homme mais ce programme ambitieux doit être expliqué. Rien n’est joué », résume un député juppéiste, qui s’astreint à ne pas commenter le programme du candidat, faute de le connaître suffisamment.

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