Discours de Julien Aubert prononcé pour le 70ème anniversaire de la Libération du Vaucluse à Sault

Discours de Julien Aubert prononcé pour le 70ème anniversaire de la Libération du Vaucluse à Sault

Monsieur le Préfet,

Monsieur le Sénateur,

Monsieur le Président du Conseil général

Monsieur le Maire de Sault,

Mesdames et Messieurs les Elus,

Monsieur le Président du CURD,

Mesdames et Messieurs les Représentants d’associations patriotiques,

Mesdames, Messieurs,

Permettez moi de remercier les organisateurs de cette cérémonie, ainsi que Monsieur le Préfet, pour m’avoir donné la parole en ce 70ème anniversaire de la libération du territoire national, devant ce monument qui symbolise l’âme de la résistance vauclusienne.

En tant que député de la Nation, j’estimais important de prendre la parole pour un tel anniversaire. afin d’en souligner la portée. Mais cette allocution prend un sens encore plus personnel car c’est aussi un saltésien, petit fils d’un résistant du Maquis Ventoux, qui s’exprime devant un monument dont la flamme fut pour la première fois allumée le 9 septembre 1956 par mon aïeul, en présence du général d’armée Zeller, gouverneur militaire de la place de Paris.

Vous comprendrez donc mon émotion.

Pourquoi nous souvenir ? Cette question, un ami trentenaire me l’a récemment posée, aussi brutalement mais sans méchanceté : mais à quoi ca sert, puisque c’est le passé et qu’il ne reviendra plus ?

Voici la réponse qu’aujourd’hui je formule à cette interrogation. Le gisant du mémorial représente des hommes qui sont restés debout dans la tempête.

Mon grand-père, Félix AUBERT, disait : « Dans les maquis, il y avait des juifs, des espagnols, des polonais, des communistes, et des hommes comme moi, non marqués politiquement mais qui avaient décidé de dire NON, non à l’occupation, non à l’oppression, par amour de notre pays, de notre nation, de notre culture, de notre liberté « .

Ces hommes, ils s’appelaient Laurent, Georges, Gabriel, Max, Philippe, Lucien, Fernand ou Félix. Pendant que leurs élites parisiennes s’effondraient en quelques semaines, rongées par la faillite morale, ce sont ces gens simples, que rien ne prédestinait à devenir des héros, qui ont répondu présent. « Le temps des monts enragés et de l’amitié fantastique » dirait René Char.

Pourquoi l’ont-ils fait ? Je me remémore la phrase de Malraux en 1958, dans un célèbre discours place de la République :  » Nul ne peut refaire la France sans les français, et la république leur répète à tous ce que leur disait naguère la voix assourdie de la république exilée, je veux redevenir la France. »

Ces Français anonymes ont répondu à l’appel de leur pays pour redevenir la France, alors que tout semblait vain et perdu d’avance. 353 d’entr’eux ont fait, ici, le sacrifice de leur vie pour qu’aujourd’hui nous puissions user de nos libertés et parfois hélas en abuser.

Le défi en 1940-44 était sans commune mesure avec nos petits problèmes actuels. Ce pays assommé par la matraque allemande, comme sonné, a été renvoyé dans ses cordes, aux extrémités de son âme. Ces cordes, elles ont été triples : nos alliés, avec le combat depuis Londres ; nos colonies ; et enfin des places fortes héroïques comme le Maquis Ventoux, qui a organisé nombre de parachutages et d’atterrissages, qui a mené les combats de Javon où 250 soldats ennemis furent mis hors de combat, mais qui a aussi subi le massacre d’Izon la Bruisse, dont Laurent Pascal fut l’un des rescapés.

Sault était alors un petit village encore plus reculé et isolé qu’il n’est aujourd’hui. Ce n’était pas Londres, Alger ou même Avignon, et pourtant c’est dans ces petits villages bien de chez nous que le peuple de France a su se battre. Sault a été le cœur battant de cette résistance, comme en témoigne sa citation élogieuse. L’esprit frondeur de la ville de Sault lui a coûté d’être attaquée trois fois, bombardée deux fois et de subir de lourdes pertes, mais elle n’a jamais renoncé à la Résistance.

Pourquoi nous souvenir ? Parce que nos sociétés modernes ont oublié ce que sont les héros : elles préfèrent médiatiser les victimes, qui deviennent des héros modernes. Et pourtant, le héros n’est pas la victime car le héros choisit, en toute connaissance de cause, de risquer sa vie. C’est ce qu’ils ont fait. Ils étaient une poignée et ce ne sont pas les études, les convictions politiques ou le milieu social qui les prédestinaient à basculer dans un camp ou dans l’autre : c’était une certaine idée de la France.

Ils avaient pour noms de code Anatole, D’Artagnan, Bono, Roland Perrin, Junot, Hors-bord, Nestor, ou Francis. Un monument américain dédié aux soldats d’Iwo Jima a inscrit sur son socle « uncommon value was a common virtue ». Un courage hors du commun était une qualité commune. Ils étaient des jeunes gens ordinaires aux valeurs extraordinaires.

Si nous nous inclinons et ravivons la flamme, c’est pour honorer la mémoire mais aussi conjurer l’avenir et prévenir l’amnésie collective. Louis Aragon, en 1942 écrivait « Au feu de ce qui fût, brûle ce qui sera / Futur antérieur, mémoires ô passagères ».

Porte-drapeau, toi qui, malgré le temps et l’âge, viens fidèlement prendre ta garde pour rendre hommage à ceux qui sont tombés, tu peux redresser fièrement ces trois couleurs car ils étaient les dignes héritiers des soldats de Valmy et des poilus de 14.

Soldat de la légion, toi qui viens ici saluer ceux qui t’ont précédé dans la collectivité nationale, dresse toi pour leur faire honneur car, s’ils n’avaient pas ton uniforme, ils avaient le même amour de cette terre dont tu hérites aujourd’hui.

Enfin, toi, citoyen anonyme qui passe ici par hasard, va dire au monde que ceux à qui nous rendons hommage sont morts pour la France et notre liberté. Car s’ils furent ce que nous sommes, nous sommes bien en peine de prétendre que nous serons un jour ce qu’ils sont devenus.

 

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