EDITO – COVID19 : Comment prévoir l’incertitude ?

EDITO – COVID19 : Comment prévoir l’incertitude ?

Ce soir le président parlera. Comme d’habitude, l’intervention promet d’être longue, pour ne pas dire un peu théâtrale et verbeuse, mais l’on connaît déjà les principales orientations : un état d’urgence sanitaire rétabli, peut-être un couvre-feu en zone écarlate dans les grandes villes et une volonté de sensibiliser les Français à la fameuse seconde vague.
Reconnaissons au gouvernement qu’il fait ce qu’il peut dans une incertitude maximale. Certains experts, comme Didier Raoult, avaient annoncé qu’il n’y aurait pas de seconde vague, on y est. D’autres avaient agité le spectre d’un ressac avant une vague encore plus violente qu’au printemps, ils se sont également trompés. Cette seconde vague est à mi-taille de la première : 50 000 contaminés par jour (contre 100 000 en mars), 100 morts par jour (contre 220 en mars).
L’incertitude est la suivante : faut-il voir le verre à moitié vide, en considérant que la mortalité en réanimation a baissé de 60% parce qu’on traite mieux les malades ? Ou à moitié plein en projetant une montée en puissance arithmétique de cette demi-vague jusqu’à fin novembre, sachant que comme les réanimations durent plus longtemps (car mieux organisées), les décès seront plus longs à venir ?
Selon moi, les bornes de la décision politique sont ici : d’un coté, les demi-mesures qui sont prises aujourd’hui peuvent avoir un impact mais sont illisibles politiquement (la covid circule de jour comme de nuit et le couvre-feu pénalise l’activité de tous ceux qui travaillent de nuit, tout en laissant le jour des regroupements dangereux s’opérer) ; de l’autre, si on doit prendre une décision brutale et totale pour enrayer la mécanique, il faut absolument la prendre avant le 1er novembre pour sauver le mois de décembre, essentiel pour l’activité économique de ce pays (commerces de bouche, jouets, …). Sinon, Amazon triomphera et tuera des milliers d’entreprises.
La décision n’est pas facile, mais ce dont je suis certain c’est qu’aucun consentement ne se bâtira sur des décisions qui apparaitront partiales, contradictoires, ou inutiles aux yeux des Français. Le gouvernement ne peut pas tout prévoir, mais il a un devoir de lisibilité à l’égard des Français, qui pour le moment n’a pas été sa matière forte.