Edito : De Cincinnatus à Incinatus

Edito : De Cincinnatus à Incinatus

Edito : De Cincinnatus à Incinatus

Emmanuel Macron s’était forgé une stature de Cincinnatus, resté dans l’histoire de la République romaine comme un modèle d’humilité, refusant le poison du pouvoir. Patatras. En quelques jours, la drogue euphorisante macronienne a cessé d’agir et les médias, brutalement tirés de leur torpeur, se sont interrogés :

Comment peut on couvrir à ce point de cadeaux – voiture, salaire, appartement – un favori de l’ombre, un jeune homme de 26 ans sans responsabilités particulières et pourtant mieux traité qu’un député ?

Comment dans un Etat de droit, un tel cow-boy /homme de main d’un Président de la République peut-il violer la loi et être soustrait à la justice ?

Comme dans une République méritocratique est-il possible de vouloir nommer son gorille personnel sous-préfet à 26 ans, sans vouloir plagier Caligula qui avait nommé son cheval – Incinatus – sénateur ?

Le Parlement, que la Macronie tente d’utiliser comme bouc-émissaire du populisme ambiant, s’est lui aussi réveillé et est parvenu à imposer sa cadence, en obligeant la création d’une commission d’enquête puis en faisant battre en retraite le gouvernement, qui a préféré suspendre une révision constitutionnelle censée rendre plus transparente et plus efficace la démocratie. Quelle ironie de vouloir traiter ces sujets alors que l’Elysée s’est affranchi de toutes les règles !

Dans cette affaire, c’est le mépris du monarque et de ses courtisans qui ont ébranlé la 5ème République. Dans n’importe quel pays du monde, le gouvernement aurait été censuré. Là, aucun ministre – pas même celui en charge des relations avec le Parlement – n’a voulu se montrer en hémicycle.

La médiocrité d’esprit du chef du groupe En Marche, mal dissimulée derrière sa morgue coutumière, est apparue au grand jour. Ferrand me fait penser à ces nobles de Versailles qui continuaient à prendre de haut le petit peuple en 1789 en arguant de leur position sociale qu’ils pensaient inaltérable. Le mépris n’a jamais été un alibi.

Désormais, la commission d’enquête devra se focaliser sur deux sujets :

Premièrement, pourquoi une telle mansuétude avec Alexandre Benalla ? Où voit on qu’après une mise à pied on propose au gusse un pied à terre réservé aux conseillers les plus influents ? Certainement pas en entreprise, que la Macronie aime ériger en modèle lorsqu’il s’agit de moderniser l’Etat. Qu’est ce que ce monsieur sait ou détient pour qu’un Président préfère lui donner un grand appartement quai Branly avec de grandes responsabilités plutôt que de le mettre à la porte lorsque celui-ci dérape ?

Deuxièmement, qui a couvert les agissements de Benalla ? Il semblerait que toute la chaine hiérarchique soit impliquée et il est hors de question que d’honnêtes responsables de la police ou de la justice jouent les fusibles dans une affaire qui illustre bien le n’importe quoi macronien que l’Opposition n’a eu de cesse de dénoncer depuis un an.

Edito : De Cincinnatus à IncinatusEmmanuel Macron s’était forgé une stature de Cincinnatus, resté dans l’histoire de…

Publiée par Julien Aubert sur Dimanche 22 juillet 2018