Edito : Des paroles (en semaine) et des actes (chaque samedi)

Edito : Des paroles (en semaine) et des actes (chaque samedi)

Le mouvement des Gilets Jaunes a continué à muter.
D’apolitique et hors-système, il est en train d’évoluer vers une force interne avec des chefs, des partis et des fantasmes de listes. Alors qu’il s’est radicalisé, les plus utilitaristes tentent, après avoir longtemps conspué le système, d’utiliser leurs petits camarades comme marchepied pour y rentrer et y faire leur trou.
D’uni, il est devenu divisé, au point que la « démocratie des ronds-points » a évolué vers un parchwork de groupes plus ou moins solidaires. Gilets jaunes libres ou pas libres, citrons, émergents, assemblées citoyennes. Modérés et jusqu’au boutistes, politisés et apolitiques, la colère jaune se retourne en partie contre elle-même. Alors qu’en décembre, l’oriflamme du RIC avait servi de bannière, il est compliqué de comprendre aujourd’hui quel est l’élément fédérateur.
De majoritairement pacifique (dans la rue), il est devenu violent. En face des « Yellow Blocks », l’Etat, sonné, semble prendre les coups mais hésiter à les rendre. Ce qui est inquiétant est que cette haine a le soutien d’une partie de l’opinion : le boxeur qui tape sur un policier recueille 82 000 euros en 24h ! Les vidéos qui circulent et qui parlent de violences policières jettent l’opprobre sur des gilets bleus exténués par des semaines de conflit.
Chaque samedi, une marche supplémentaire est atteinte dans la provocation et la violence. La dramaturgie des actes renforce ceci, comme un compte-à-rebours, à moins qu’il ne s’agisse de théâtre. Mais comme au théâtre, comment cela se terminera-t-il ? Un deus ex machina ou un drame ? Selon moi, Emmanuel Macron n’a que trois bretelles de sortie devant lui :
1. La solution de la matraque, à laquelle il répugne intellectuellement. C’est celle d’assumer la violence inhérente à l’Etat et de mettre fin physiquement – et par tous les moyens – au saccage hebdomadairede la capitale, ainsi qu’aux tentatives insurrectionnelles. C’est une solution d’escalade : cela veut dire en effet disperser la foule après sommation en faisant usage d’armes à feu. Cela veut dire plus de morts, plus de haine, et dans notre pays malade de son droit, sans doute des poursuites à terme pour ceux qui auront ordonné ceci. Une tâche indélébile. Cela veut dire aussi reconnaître que le Président a échoué à gagner les coeurs et surtout les esprits, et donc une solution à laquelle il ne peut intellectuellement se résoudre.
2. La solution de l’édredon, que le gouvernement applique consciencieusement depuis des semaines : laisser le mouvement se défouler tant qu’il n’y a que des atteintes aux biens et pas aux personnes. C’est l’adage « Plus de peur que de mal », en misant sur le pourrissement et la lassitude. Problème : la capitale est devenue un terrain de jeu de bandes insurrectionnelles qui risquent fort de taper de plus en plus fort jusqu’à l’irréparable.
3. La solution du « reset* ». Jusqu’ici, Macron a cherché à remettre le fleuve dans son lit avec un grand débat mais débattre n’est pas trancher. Une solution démocratique plus forte, une vraie tabula rasa, ce serait une dissolution, tirer un trait sur le passé. Pour Macron, cela veut dire peut-être/sans doute perdre le pouvoir mais aussi se délester de la responsabilité de la suite sur les oppositions. L’un des inconvénients de cette solution est qu’organiser un scrutin dans une période quasi-insurrectionnelle est très délicat et que les problemes structurels relevés par la colère des Gilets Jaunes ne pourront être résolus qu’au prix de réformes très radicales : remise en cause d’une stratégie économique uniquement dictée par l’abaissement des prix et des coûts ; réforme constitutionnelle profonde pour soit restaurer la Vème dans son épure initiale, soit proposer autre chose susceptible de mieux associer le peuple ; remettre la France au travail ; restaurer l’équilibre des finances publiques ; rétablir une vraie justice fiscale et sociale que les transferts sociaux gigantesques aujourd’hui ne simulent que tres imparfaitement.
Si Emmanuel Macron avait du panache, il proposerait par referendum « à prendre ou à laisser » en engageant sa responsabilité sur l’issue du vote, avec des mesures choc destinées à répondre au mal-être social, économique et politique. Non pas un « petit reset » mais un « grand reset ». Mais n’est pas De Gaulle qui veut.
*Désolé pour cet anglicisme. Reset veut dire repartir à zéro.