Edito : Emmanuel Macron, grisbi le Magnifique

Edito : Emmanuel Macron, grisbi le Magnifique

Constat à froid : ce matin, l’Opinion, un journal dont j’apprécie les analyses, salue le réalisme d’Emmanuel Macron sur le modèle social, en appelant à « une meilleure efficacité » de ce dernier. Même son de cloche du Point, hebdomadaire de Droite, qui célèbre le « cran » du Président sur ce sujet tabou.

La Droite semble donc une nouvelle fois voir en Emmanuel Macron le fils qu’elle n’a jamais eu. Je ne contesterai pas le diagnostic.

Evidemment, le pourcentage de redistribution dans ce pays est devenu aberrant. Evidemment, le modèle de financement, reposant sur le travail, est un boulet pour la compétitivité.
Evidemment qu’il y a, dans tous ces milliards d’euros dépensés de la gabégie, des fraudes, des « passagers clandestins ».

Evidemment. Au point que le mot « social » est devenu un gros mot. Quelqu’un qui veut du social en France, parle de dépenses supplémentaires, et social tourne souvent au socialisme.

Alors pourquoi moi, homme de Droite, je ne me sens pas plus « allant » sur cette question ? Pourquoi les propos d’Emmanuel Macron dans un dérapage de com’ savamment préparé sur « le pognon de dingue » m’ont laissé quelque peu mal à l’aise ?

Parce que malgré ces évidences, on ne peut nier que ce « social » est le dernier filet de sécurité d’une partie de la population, larguée par la mondialisation, enfermée dans le piège de l’inactivité. Aborder la question des transferts sous l’angle unique de l’efficacité parait très désincarné.

Lorsque je donne quelques euros à un mendiant dans la rue, je le fais par solidarité, parce que sa situation m’émeut. Je ne m’imagine pas lui expliquer au bout de quelques années que comme il n’a toujours pas trouvé la voie de la sortie de la pauvreté, je lui donnerai désormais 1 euro au lieu de 2…

On m’objectera que mon exemple est caricatural et que les transferts sociaux ne concernent pas que des ultra-pauvres, et on aurait raison. Mais cela n’enlève rien au fond du raisonnement : la solidarité nationale n’est pas mue par une seule recherche d’efficacité, mais bien par du coeur. Je n’ai pas senti cette chaleur humaine quand j’ai vu cet ancien banquier, qui dépense un demi-million d’euros de vaisselle, taper du poing sur la table en s’exclamant que les aides sociales coûtaient « un pognon de dingue ».

Par conséquence, je crains que toute réforme qui aborde le bénéficiaire comme une simple structure de coût ne rapporte pas son adhésion. Or, celle-ci est indispensable pour justifier une réforme et une réorganisation de l’Etat-Providence. Celui qui survit péniblement avec quelques centaines d’euros d’aide – je ne parle pas du cas marginal du fraudeur – ne pourra pas accepter qu’on le culpabilise et qu’on l’appauvrisse au nom de l’efficacité.

Le maître mot ne devrait pas être l’efficacité mais bien la justice : comment concilier solidarité nationale et respect du revenu tiré du travail ? Comment faire en sorte que les aides soient calibrées par rapport à la situation réelle des individus et pas un revenu nominal qui est très théorique ? Comment financer cette solidarité sur fond de crise de la société du travail ? Comment traquer ceux qui abusent du système ?

Si je reprends le mot de justice et d’équité, il s’appliquera différemment suivant les aides. La justice, s’agissant de l’allocation adulte handicapée c’est de gommer les inégalités de vie avec les personnes sans handicap. La justice s’agissant du RSA, c’est d’aider les personnes sans d’emploi mais pas de leur donner le même pouvoir d’achat que celui qui travaille au smic. Il y a donc matière à réfléchir, aide par aide.

La justice, enfin, est d’ouvrir des débats de principe : celui de la fiscalisation des aides au-delà d’un certain plafond par exemple me semble indispensable. Un autre est celui d’un plafond général indépassable calculé par foyer pour éviter que l’inactivité soit mieux rémunérée que le travail. Bref, une autre réforme, non pas dictée par les coûte ou inspirée du monde de l’entreprise mais à visage humain.

 

Edito : Emmanuel Macron, grisbi le MagnifiqueConstat à froid : ce matin, l’Opinion, un journal dont j’apprécie les…

Publiée par Julien Aubert sur jeudi 14 juin 2018