Edito : Encore des maux, toujours des mots, les mêmes maux…

Edito : Encore des maux, toujours des mots, les mêmes maux…

Après un mois de débat aux faux airs de campagne, Emmanuel Macron vient donc de lancer sa grande offensive européenne. Sonnez trompettes, le rideau s’ouvre. Un choryphée se fait entendre : l’heure est grave. L’Europe n’a jamais été autant en danger. Un danger intérieur évidemment.

Voilà qu’arrivent les choristes, en escorte, chantant les louanges du Sauveur. On les connait : ceux qui, à Droite, ont lentement dérivé depuis les années 90 vers le Centre et nous ont amenés dans le mur. Raffarin, Juppé, Bayrou : toute une géneration éclose sous Giscard et Chirac et qui a toujours expliqué qu’il fallait encore plus d’Europe pour régler les problèmes du moment.

Tout ce beau monde, dans un sens du timing quasi-parfait, a donc fait mine de se rallier benoitement, la main sur le coeur, « au nom de l’urgence ». Mais comment comprendre que Raffarin ait pu trouver le projet européen d’Emmanuel Macron meilleur alors que celui-ci n’est pas encore vraiment public, que la liste et la tête de liste ne sont pas connues, et surtout que le projet LR n’est pas encore présenté ? Mystère. Quel don d’oracle !

Ne cherchez pas bien loin. En réalité, tout ce petit monde se réunit en secret à l’Elysée depuis des mois. On croyait au miracle, on était dans du John le Carré – Bonjour les agents doubles et autres Mata Hari ! La palme de l’explication la plus grotesque revient quand même au spécialiste des Raffarinades : il est assez paradoxal d’expliquer que vous soutenez la liste LREM au Parlement Europeen parce que le pouvoir est dans les mains… du Conseil Européen, et donc qu’il ne faut pas affaiblir Macron. Nier le rôle des eurodéputés en se proclamant européen, j’en perds mon volapuk…

Bref, toutes ces petites combinaziones, cela devrait nous alerter. Sur le fond que propose in fine Macron ? Une renaissance européenne. Mais qui est responsable du bas Moyen-Âge que nous traversons actuellement ? Lorsqu’on teste la même politique depuis 30 ans et qu’elle se termine par un Brexit, une divergence économique majeure et une résurgence des extrêmes, il est peut-être temps de tenter autre chose.

Au-delà des concepts, reprenons les cinq grandes idées développées par le Président :

1. Une révision de Schengen. Comment être contre ? Sauf qu’il ne s’agit pas d’en sortir mais… d’obliger tous les pays à avoir la même politique d’asile. Caramba, il est bien là le problème, demandez à Orban que tout le monde veut exclure. Et ce n’est pas en créant un office européen, sorte de doublon des offices nationaux qui produira de la norme et du fonctionnaire qu’on simplifiera le problème.

2. Un traité de défense et de sécurité qui créerait une défense européenne indépendante de l’OTAN. Pas de pot pour Macron, cela a existé : cela s’appelait l’Union de l’Europe Occidentale (1948) et nos voisins n’ont eu de cesse de la tuer au profit du parapluie américain…pour y parvenir en 2011. La réalité crue est que la France est le seul pays à investir dans la défense, avec le Royaume-Uni. Re-Manque de pot, ils viennent de prendre la porte. Pour contourner le problème, Macron propose du coup un « conseil de sécurité européen » – encore un nouveau bidule – mais à quoi sert un conseil de sécurité des nains militaires ? Faisons un projet franco-britannique, cela suffira.

3. « Une meilleure protection contre les entreprises qui portent atteinte à nos intérêts stratégiques ». L’urgence c’est de créer un troisième machin, une Agence européenne de protection des démocraties, censée protéger des cyber attaques. Investir dans la cyberguerre, le renseignement et les nouvelles technologies serait pourtant bien plus efficace. D’ailleurs, ce qui est visé sans le dire c’est la Russie. Je pensais que le Président allait cibler les mesures extraterritoriales des Etats-Unis, mais non : Quand Gemplus est racheté par un fonds américain ou que BNP subit une amende de 9 milliards de Washington, ça n’est pas aussi grave ?

4. Un bouclier social. Quelle originalité ! Je suis impatient : va-t-on passer le SMIC bulgare (260 €) au niveau du luxembourgeois (2000 €) et le multiplier par 7 ?! Ou alors une moyenne des deux et passer le SMIC en France à 1100 euros ? Les petits malins me disent que le Président a précisé « un salaire minimum ADAPTE à chaque pays ». Donc un salaire qui varie d’un pays à l’autre… comme … aujourd’hui ? C’est révolutionnaire !

5. L’environnement conclut cette « vision ». Objectif : zero carbone en 2050. Rions un peu. Je regarde mon application « Electricity map » (cf images) et quel pays est vertueux à cause du nucléaire ? La France. Et l’Allemagne ? Ca sent le carbone. Horresco referens, l’UE ne reconnait pas le nucléaire comme une énergie renouvelable… alors qu’il est la solution, comme dit le GIEC. Pour ne pas s’eterniser sur cette contradiction flagrante, Macron propose encore un bidule : une « Banque européenne du climat », comme si la BEI ou la BERD ne pouvaient pas faire le job.

Au final, la « souveraineté européenne » d’Emmanuel Macron revient à glacer le millefeuille administratif français d’une nappe bien épaisse de fédéralisme : une banque, une agence, un office, un conseil. Tout cela dans une seule petite tribune. En réalité, Emmanuel Macron exporte au niveau bruxellois le mal français : des organismes, des fonctionnaires, des strates. Après avoir désorganisé l’Etat, on exporte notre petite vérole à Bruxelles pour avoir un bon gros Super-Etat obèse !

De Droite disiez-vous ?