Edito : God save America

Edito : God save America

Je n’aimerais pas être un citoyen américain pour l’élection qui s’annonce, tant ce scrutin reflète l’incroyable dégenerescence de la démocratie étatsunienne.

Voter Trump, c’est voter pour un populiste mysogyne richissime qui capte la voix des plus pauvres, alors qu’il appartient à la caste des milliardaires qui a profité de la mondialisation. Cela ne l’empêche pas de défendre ce que le peuple veut entendre, d’un mur aux frontières jusqu’à un filtre anti-musulman dans l’immigration, en se faisant passer pour le candidat anti-élite. Tant pis si rien ne tient, on verra plus tard. Les ficelles sont grosses, épaisses mêmes, mais la haine des élites qui monte partout dans le monde le sert. Trump, grossier personnage qui n’a finalement aucune colonne vertébrale idéologique, vit et prospère du scandale. Imagine-t-on Roosevelt parler ainsi des femmes ? Il polémique, il insulte, ll ment et entend diriger la première puissance mondiale. Dieu sauve l’Amérique.

Voter Clinton, c’est voter pour l’archétype du conformisme hypocrite. Hillary Clinton a le parcours sans tâche, les diplômes, l’expérience, la sagesse. C’est madame parfaite, la madame Smith du film éponyme où Bill serait joué par Clooney. Seul problème : Hillary est le produit du système, la grande vestale du consensus post-guerre froide et est totalement incapable de s’en émanciper mentalement, de comprendre les perdants de la mondialisation. Son éthique est sujette à caution, tant son ambition l’a amenée à mentir au peuple américain. Elle dissimule ses errements passés, sous le maquillage épais de la com’, mais malgré tous ses efforts, beaucoup d’américains la détestent cordialement, vouant à cette femme hautaine et froide un mépris largement partagé. Avec Hillary, pas une once d’authenticité : tout est story-telling, pas un cheveu qui dépasse.

Et pourtant les Américains vont trancher, pile ou face le choix sera pire ou lamentable. Il n’y a même pas de candidat alternatif. God save (a bit) the world.