Edito : l’Amérique n’appartient qu’à elle-même

Edito : l’Amérique n’appartient qu’à elle-même

Nous avons élu Mickey en 2012, ils ont bien le droit d’élire Donald.

Il existe deux manières d’expliquer le scrutin américain : en cherchant des similitudes avec la France et le reste du monde occidental, ou en insistant sur la nature particulière de ce pays. La vérité se situe probablement à mi-chemin.

Oui, comme je l’explique du reste dans mon livre, il y a une montée de ce que les médias appellent “le populisme”, terme méprisant auquel je préfère celui de rejet des élites. C’est un vote massif de tous les dindons de la farce, après trente ans de dérèglementation, mondialisation et libéralisation, qui a pour verso une ouverture sans précédent des frontières avec les problèmes migratoires qui en découlent. Ces dindons peuvent varier d’un pays à l’autre, mais le message est identique : nous voulons peser sur le cours des choses, nous voulons être protégés, nous voulons chasser ceux qui ont présidé aux décisions qui nous ont conduit dans ce mal-être identitaire et économique. Ils sont de plus en plus perméables à des discours simplificateurs et révolutionnaires, quitte à s’asseoir sur toute approche rationnelle des problèmes. L’incompréhension avec “les élites” polyglottes et mobiles est totale, que ces dernières vivent à Londres, Paris ou New-York. Il n’y a qu’à lire les tweets de notre ambassadeur là-bas, tellement représentatif de ces petits marquis de la mondialisation heureuse. Du Brexit à Trump, de Siriza à Podemos, c’est un vote croissant contre la mondialisation et l’intégration mondiale.

Aux Etats-Unis, cependant le scrutin garde sa saveur particulière. C’est un pays janus, capable de voter pour Georges Bush, Ronald Reagan ou Donald Trump – lorsque le pays profond des “petits-blancs” se réveille – ou Bill Clinton, Jimmy Carter, Barack Obama – lorsque sa partie mondialisée (les villes, les minorités) prend le dessus. Le pays est lui-même un pays monde et du coup la fracture entre les deux Amériques va croissante, et explique la fin du consensus politique américain. Lorsque Barack Obama a été élu, il y a 8 ans, pour l’Amérique du Tea Party, cela a été vécu comme un traumatisme. L’élection de Donald Trump sonne comme le retour de balancier, et ne déroge pas par rapport aux autres alternances. J’étais étudiant aux Etats-Unis et j’ai vécu le recomptage Gore/Bush : je peux vous assurer que c’était autrement plus violent. Copé-Fillon à coté, c’était de la gnognotte.

Trump a gagné, parce que le rejet d’Hillary Clinton, illustration de tout ce que je n’aime pas en politique, a été plus fort, et parce que le système politique des grands électeurs permet aux perdants de la mondialisation d’êtee majoritaires au niveau fédéral tout en étant (encore) minoritaires en voix. Si le Vaucluse ou la Correze comptait plus que Paris ou Marseille, le FN serait effectivement aux portes du pouvoir.

Le peuple souverain a voté. Il peut se tromper, c’est le privilège de la démocratie.

Marine le Pen peut voir les similitudes avec Trump. Etonnant, car moi il me fait penser à son père, dont elle aime dénoncer les outrances. On pourrait lui rétorquer aussi que les Américains ont mis à la porte une famille dynastique qui depuis un quart de siècle utilise son nom comme une marque collective.

Tout ceci prouve surtout qu’il y a urgence, dans notre pays, à rétablir une démocratie qui agit, qui fonctionne, qui résout les problèmes, et que notre petit monde germano-pratin qui a enterré la nation en 1990, n’a toujours rien compris au réveil des peuples, comme en 1848, comme en 1968, qui ne fait que commencer.