Edito : le “Fillkrieg”

Edito : le “Fillkrieg”

Un blitzkrieg.

Ainsi donc, les sondages et les prévisionnistes ont été une nouvelle fois détrumpés. Ils partirent à 10% et par un prompt renfort…il y a ce matin un gagnant et 6 perdants – pour des raisons toutes différentes : Juppé car il n’est pas en tête, NKM car elle avait pré-négocié avec Alain Juppé et se retrouve donc du mauvais coté (sauf retournement !), Sarkozy on comprend bien pourquoi, BLM car il a été relégué en 5ème position, Copé car son grand adversaire finit premier et lui, dernier, Poisson car Fillon lui a dérobé son électorat.

La remontée spectaculaire de François Fillon s’est en réalité nourrie de plusieurs facteurs : le siphonnage massif des voix de BLM qui ambitionnait d’incarner la troisième voix (environ 7 points) ; le repositionnement seguino-gaulliste qui a permis de bloquer la menace Poisson en ralliant l’électorat venu du FN, et plus largement souverainiste et catholique (environ 8-10 points) ; la fracturation de l’électorat juppéiste en aspirant ceux qui votaient opposés pour lui de manière à empêcher le retour de Nicolas Sarkozy (environ 7 points) ; et enfin in extremis – et ça rien ne permettait de l’anticiper – la fracturation du bloc sarkozyste en attirant ceux qui ne voulaient absolument pas d’une victoire de Juppé (environ 10 points).

J’avoue que si j’avais pronostiqué une victoire Fillon il y a longtemps aux journalistes, je ne pensais pas que le décrochage surviendrait au premier tour. J’avais notamment pris comme hypothèse un bloc sarkozyste beaucoup plus homogène et uni. Tout change.

François Fillon s’est nourri d’un double référendum : sur le retour de Sarkozy, et sur un quinquennat Juppé. Dans une primaire où le vote est plus mobile, le candidat du juste équilibre – la rupture sans le clivage – s’est fortifié de la guerre de Titans que se sont livrés les deux grands challengers. Ils ne se sont rendus compte de leur erreur que trop tard, car sa faiblesse initiale l’a protégé.

Pour ceux qui ont déjà joué au jeu Diplomacy*, cette victoire de premier tour ressemble à une victoire allemande contre les “witch” que sont la Turquie et la Grande Bretagne. Improbable statistiquement mais inarrêtable lorsqu’elle est lancée…

A noter que la Primaire de Droite confirme ce que je pressentais : dans une primaire ouverte, être vu comme “l’homme du parti” n’est pas un avantage car les gens recherchent un “homme d’Etat”. C’est ainsi que Royal avait débordé Hollande, qui avait retenu la leçon et quitté le poste de Premier secrétaire ; qu’Hollande avait lui-même écrasé Aubry, et que François Fillon a gagné contre Nicolas Sarkozy. De ce point de vue là, il peut peut-être remercier Jean-François Copé car sa victoire en 2013 aurait peut-être altéré son image.

Enfin – à titre personnel et non politique – je regrette que Nicolas Sarkozy quitte la scène ainsi. Quoiqu’on puisse penser de lui, il ne le méritait pas et nous lui devons d’avoir remis en ordre de bataille un parti divisé et donc la réussite démocratique de cette Primaire.

* Diplomacy est un jeu de stratégie qui se joue dans l’Europe de 1914 avec 7 pays. Traditionnellement, les pays les plus faciles à jouer sont ceux qui sont “dans les coins” de la carte – qu’on appelle “les witch” (sorciers) – et les puissances les plus faibles celles qui sont au milieu (dont notamment l’Autriche Hongrie).