[edito] Le texte-qui-porte-sur-un-sujet-dont-on-ne-peut-pas-prononcer-le-nom

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Le Parlement discute en ce moment du projet de loi confortant le respect des principes de la République. Pour tous ceux qui ont été horrifiés par l’assassinat de Samuel Paty, ce texte devrait être le point de ralliement de tous les Républicains. Hélas, la réalité des mesures, timides, est assez éloignée des ambitions du discours des Mureaux.

 Cette timidité débute par les mots, car le « texte sur le séparatisme » n’en est pas un. En effet, le mot « séparatisme », pas plus que le mot « islamisme » du reste, n’apparaissent dans les dispositions du texte. Seul l’exposé des motifs introductifs y fait référence.

Mal nommer les choses, c’est rajouter du malheur au malheur du monde. D’ailleurs, cette hésitation sur les mots n’est pas un hasard : elle est le reflet d’une confusion sur la cible. Par peur de froisser le culte musulman en « stigmatisant », Gérald Darmanin et Emmanuel Macron ont tout d’abord dilué  le péril islamiste dans un mot valise de séparatismes (au pluriel), comme si nous étions sincèrement menacés par un indépendantisme corse ou une rebellion protestante, avant de prendre la décision de proposer des mesures générales et impersonnelles tournées contre un Ennemi qu’on ne nomme pas.

Ils ont donc tiré à l’aveugle, dans la nuit, en visant large. Ce texte parle ainsi de terrorisme, mais aussi d’idéologie. De culte et de sujets culturels. Bref, de sujets qui participent du problème sans forcément relever de la même philosophie d’action : on ne lutte pas contre le terrorisme armé de la même manière que celui qui vit comme en Arabie saoudite. Pour éviter des balles perdues, ils ont préféré du petit calibre.

En matière de terrorisme, le texte tente de réintroduire un arsenal juridique pour lutter contre la haine en ligne, ce qui fait qu’il reprend la loi Avia et déborde largement du champ ciblé par le texte. Il élargit le champ du fichier des auteurs d’infractions terroristes et leur interdit l’accès à certains fonctions associatives ou cultuelles. Il facilite la dissolution de certains groupes. C’est sans doute utile, mais est-ce suffisant ?

J’aurais préféré qu’on débatte de juridictions d’exception pour incarcérer préventivement tous ceux qui menacent la sûreté de l’Etat. La vraie terreur ne s’annonce pas trois jours avant sous la forme d’insultes « d’identité de genre » sur twitter ou elle ne s’exerce pas par des coups de poings ou des insultes contre un fonctionnaire. Elle frappe létalement et subitement, comme la foudre. Or, le texte Darmanin ne prévoit aucun paratonnerre.

Vient ensuite le problème de l’endoctrinement idéologique, qui sert de terreau au terrorisme sans pour autant s’y confondre. La mesure phare du texte est de resserrer la liberté d’instruire ses enfants en famille (IEF). Sauf que pour ne pas mettre noir sur blanc qu’on veut empêcher les petits islamo-fascistes d’endoctriner les petits, c’est tout le régime d’IEF qui a été ciblé, au risque de pénaliser des gens qui tentent d’éduquer un enfant handicapé ou qui a des besoins particuliers. Balle perdue.

Le texte ensuite réaffirme ce que la jurisprudence dit déjà, c’est à dire la neutralité des agents privés chargés d’une mission de service public, comme à la RATP. Il continue dans des mesures molles comme demander aux associations de s’engager à respecter les principes républicains ou de signer des chartes. Est-ce vraiment suffisant quand on connait le risque de listes islamistes aux élections, la radicalisation des associations sportives ou encore le maintien sur notre territoire d’imams anti-républicains ?

Le chancelier autrichien a fait plus simple en pénalisant tout simplement l’idéologie islamiste. Gérald Darmanin, pour sa part, a vendu dans les médias un « délit de séparatisme » qui n’a strictement rien à voir : on punira plus durement ceux qui exercent des menaces, violences ou intimidations sur un agent public. C’est de la mauvaise contrefaçon.

Au final, la seule cartouche vraiment efficace – la création d’un délit d’entrave dans l’enseignement – est … directement recopiée d’une proposition de loi dont je suis l’auteur. Sauf que le gouvernement a refusé de l’élargir au-delà de l’éducation nationale, comme je le proposais. Pourtant, il y a par exemple des médecins qui auraient apprécié.

En matière de communautarisme, qui je le rappele peut être le reflet de pratiques culturelles étrangères importées et pas seulement la manifestation d’une croyance, le texte a mis en avant la lutte contre la polygamie, l’interdiction des mutilations sexuelles, l’interdiction des certificats de virginité ou la lutte contre les mariages forcés. C’est consensuel et d’ailleurs, fort heureusement, la France n’avait pas attendu ce texte pour prohiber ces pratiques. Sauf qu’emportée par son enthousiasme à combattre l’Ennemi sur un terrain connu de l’égalité homme-femme, la majorité a adopté un amendement PCF… qui a réussi à dénaturer une partie de ces louables intentions. Il permettra d’octroyer aux femmes polygames (« en tant que victimes ») le droit d’avoir une carte de séjour automatiquement. Comment ne pas y voir un risque d’appel d’air pour l’immigration ?

A prendre un amendement, il aurait mieux valu celui d’Aurore Bergé sur l’interdiction du voile des fillettes. Car le plus choquant, en termes de pratiques communautaires, reste bidn l’absence de dispositions pour réguler l’usage du voile dans les espaces publics. S’il y a bien une revendication communautaire, c’est celle-ci. Malheureusement, tous les amendements trop offensifs ont été écartés par le président de la commission qui a estimé qu’ils n’avaient pas de rapport avec le sujet…

Enfin, le texte a amalgamé un peu maladroitement à ces trois items du terrorisme, du communautarisme et de l’idéologie, quelques pistes pour la réforme des cultes, ce qui pour moi est une double erreur car 1/ la lutte contre l’idéologie islamiste ne doit pas être mélangée avec la liberté de culte 2/ les modifications touchent les autres religions.

Le texte est assez court en propositions, du reste, avec une incitation à ce que les associations 1901 se transforment en associations cultuelles 1905, mieux adaptées au suivi des financements, des référents laïcités et des obligations de transparence. Le véritable enjeu, de mon point de vue, était d’interdire les financements directs d’Etats ou d’organisations étrangères, qui vassalisent en réalité l’islam en France au profit d’intérêts géopolitiques précis ou bien d’idéologies mortifères. On aurait pu aller plus loin en posant une nouvelle organisation de l’islam en France et en interdisant l’UOIF qui est la vitrine des frères musulmans en France.

Au final, la propagande autour de ce texte, présenté comme un « tournant du quinquennat », est donc en réalité très flatteuse. C’est un grand pas pour la majorité LREM, c’est un tout petit pas pour la lutte contre le cancer islamiste.

Peut-on empêcher demain ce qui s’est passé à Nice ou Conflans Sainte Honorine par des chartes, des contrôles, des engagements et quelques peines plus lourdes ? Non.

Emmanuel Macron n’a pas hésité à suspendre des libertés fondamentales pour éradiquer la Covid, mais aura calé devant l’islamisme, et ses variants…