Edito : Les chaînes de la Primaire sont parfois si lourdes qu’il faut être trois pour les porter.

Edito : Les chaînes de la Primaire sont parfois si lourdes qu’il faut être trois pour les porter.

J’ai emprunté à Sacha Guitry son bon mot sur les “chaînes du mariage” afin de qualifier ce qui agite la presse depuis une semaine : le 3ème homme.

Tout ceci n’est pas original. Dans tout duel, il y a un troisième homme – rappelez vous la superbe remontée de François Bayrou en 2007. Simplement, assez souvent, le 3ème homme reste bloqué à 20% et ne passe pas la rampe.

S’agissant de François Fillon, je ne suis pas surpris. Comme l’Opinion l’a relaté dans ses colonnes, j’avais effectivement pronostiqué cette remontée en juin dernier pour une raison assez simple : il est la synthèse entre les deux candidats majeurs – le calme d’Alain et le réformisme courageux de Nicolas. Il se nourrit donc mécaniquement de l’un comme de l’autre, la question étant de savoir si un bloc d’électorat peut se fissurer suffisamment pour le laisser passer.

Comme la Primaire est affaire de rejet autant que d’adhésion, François Fillon se nourrit de rejets successifs, cycle qui se décompose en trois temps et qui a mobilisé alternativement les trois tiers de l’électorat de Droite et du Centre.

Dans un premier temps, les sarkozystes sont montés en puissance, faisant enfler le tiers de voix sarkozystes, ce qui a bipolarisé évidemment le débat autour de la question d’une nouvelle candidature de Nicolas Sarkozy en 2017, tous les opposants résolus se regroupant “utilement” autour du second tiers qui vote Juppé, présenté comme le mieux à même de battre Sarkozy (par les sondeurs….) ;

Dans un second temps, le troisième tiers des électeurs de Droite – celui qui est ni sarkozyste, ni juppéiste et qui ne votait pas “utile” – s’est interrogé sur le positionnement plus centriste du Maire de Bordeaux et tous les sceptiques ont cherché une solution pour éviter la “bayrouisation” de la Droite (je ne juge pas le bien-fondé des arguments des uns et des autres). Le tiers sarkozyste est resté soudé, une partie du troisième tiers s’est alors regroupé autour de Fillon (affaiblissant Le Maire) et enfin, une partie de ceux qui votaient Juppé pour ne pas avoir Sarkozy, se sont mis à voter Fillon, rassurés de savoir que l’une ou l’autre de ces candidatures permettaient d’éviter la réédition de 2012. Le sondage d’hier le donnant vainqueur contre Juppé ou Sarkozy renforce évidemment cette dynamique.

Nous sommes désormais à l’amorce du 3eme temps et le débat de ce soir sera crucial : soit Nicolas Sarkozy parvient à crever l’écran et bouger les lignes pour siphonner le reste du 3eme tiers qui reste accroché à Copé, NKM, ou Poisson ; soit Fillon parvient à siphonner Le Maire et Juppé ; soit Juppé parvient à contrer l’ascension de Fillon en bloquant l’hémorragie. La force de Sarkzoy reste un bloc électoral compact et motivé, celle de Juppé les sondages, celle de Fillon l’enthousiasme de la dynamique ascendante et le goût des Français pour la perturbation des scores annoncés.

Aucun des trois “grands” n’a droit à l’erreur qui, à proximité du scrutin, peut coûter quelques points qui font la différence. Ce qui est sûr, c’est que rien n’est acquis pour personne. A ce soir…