Edito : Notre-Dame-de-Paris, nous ne le savions pas mais nous t’aimons

Edito : Notre-Dame-de-Paris, nous ne le savions pas mais nous t’aimons

Hier, les Français ont assisté, le coeur serré, à un incendie ravageur qui les a touchés profondément : ce joyau patrimonial et religieux qu’est Notre-Dame-de-Paris s’est embrasé sous leurs yeux. Ils ont été les témoins de l’action courageuse des pompiers, qui a permis de limiter les dégâts. Dieu, merci, aucune victime n’est à déplorer.

Et pourtant. Ce 15 avril restera une sombre date, celle d’une incroyable catastrophe patrimoniale ; Plus que des pierres, c’est l’âme de ce pays qui a été touchée.

Notre-Dame c’est tout d’abord le coeur battant de deux millénaires de chrétienté. Dans une époque déchristianisée et minée par le multiculturalisme, les croyants de ce pays ressentent l’effondrement d’une partie de l’édifice, alors que la semaine sainte débute, comme une véritable amputation. Dieu aurait-il fini par s’exaspérer des reniements de la France ? J’ai vu des catholiques prier Notre Dame, en suppliant la Vierge, sainte Patronne de la France, de sauver l’édifice, de ne pas les abandonner. Ils ont été entendus.

Notre-Dame c’est aussi beaucoup plus, c’est quelque chose de Beau et de Grand qui s’est évanoui dans la nuit. « Chaque face, chaque pierre du véritable monument est une page non seulement de l’histoire du pays, mais encore de l’histoire de la science et de l’art. » dit, dans Notre-Dame de Paris, Victor Hugo, ce grand Républicain. Sur la façade de Notre-Dame l’histoire de l’Ancien testament se déroule mais dans ses entrailles et sur son parvis, c’est le récit ouvert de l’Histoire nationale qui s’étale, les pages rouges de la Révolution comme les pages glorieuses de la Libération. Un lieu de recueillement de toutes les mémoires.

Tous les Français, chrétiens ou non, ont donc assisté avec rage et impuissance à la destruction d’une partie de leur Histoire. Ce patrimoine nous en sommes les responsables : huit siècles que cet édifice surnage au milieu des tempêtes de l’Histoire et nous, nous avons été incapables de la protéger. Cette volatilisation tragique est pire qu’un bombardement car il n’y a aucun Ennemi à blâmer : juste nous-mêmes.

Nous avons eu honte. Nous sommes des imbéciles avec notre soit-disante supériorité technologique et notre foi dans les normes.

Lorsque la flèche s’est effondrée dans les flammes, j’ai eu un pincement de coeur, une immense tristesse, et j’ai repensé aux phrases de Bloch : «Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France: ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération ».

Notre union sacrée dans cette épreuve difficile a démontré que notre relation a notre culture est bien plus complexe que ce que certaines théories déconstructivistes ont pu avancer. Nous sommes bien plus attachés que ce que les adeptes du changement veulent bien nous faire croire à nos racines. Ce soir, tous les Français communient dans la même peine et oui, le Président Macron a eu, pour une fois, des mots justes : nous reconstruirons Notre-Dame.