Edito : Romulus et Remus

Edito : Romulus et Remus

De 2012 à 2017, la colère populaire contre les politiques, les élites, bref « le système » était montée, lentement mais sûrement. Mon livre « Salaud d’Elu » l’avait d’ailleurs explicité. Lorsqu’Emmanuel Macron parut, cette rage contre les « politichiens » se mua en grand espoir. Ce fut le grand dégagisme et En Marche balaya tout sur son passage. Adieu, les têtes trop anciennes : bienvenue à la régénération politique, une nouvelle génération issue de la société civile qui allait enfin incarner une nouvelle manière de faire de la politique.

Si, si, souvenez vous. C’était le concept à la mode.

Combien d’entre vous sont tombés dans le panneau, votant à l’aveuglette pour un parfait inconnu en participant au grand jeu de massacre ?

Depuis, on a vu le résultat. Député En Marche trichant sur ses indemnités de frais de mandat pour partir en congés. Député En Marche se plaignant de ne manger que des pâtes car pas assez payé. Député En Marche déshonorant sa charge en trollant sur les réseaux sociaux. Député En Marche faisant visiter l’Assemblée nationale moyennant paiement, etc, etc…

Au niveau collectif, on a vu d’abord apparaitre le sectarisme – on ne vote rien qui soit issu de l’Opposition – puis les courants et sous-courants, les élections avec un candidat officiel (avec pressions amicales), les tourniquets de postes bien commodes, puis enfin les exclusions, les démissions en cascade…

Bref, à s’y méprendre : de la bonne vieille politique à l’ancienne, le coté déconnecté du terrain en plus.

C’est alors que l’autre France, celle qui ne se sentait pas forcément représentée par ces CSP+ urbains et éloignés du terrain se sont levés. Les Gilets Jaunes ont alors expliqué qu’il fallait balayer tout cela, changer les hommes et les pratiques, bref à peu près ce que promettait En Marche mais « par en bas ». Au passage, tous les partis traditionnels furent mis dans le même sac : on pouvait s’en passer, ils étaient par essence corrompus.

Les premiers émois furent porteurs. Pas de chef, une vraie camaraderie, pas d’arrière-pensées. Tous unis derrière le RIC et le pouvoir d’achat, comme autrefois tous unis derrière Macron.

Et puis lentement, on a vu apparaitre des chapelles, des exclusions, des leaders : une course à l’échalote s’est mise en place entre égos pour récupérer vite une place éligible aux Européennes, et le courant s’est divisé entre gilets jaunes libres, citoyens, citrons, RIC et autre « MAC ». RIP le RIC ? Quel Mic-Mac.

Tout ceci sur fond de pressions, de menaces, d’intimidations. Il est beau le « nouveau nouveau monde « .

Ces deux exemples démontrent bien que la solution de la régénération démocratique ne saurait s’appuyer sur un mouvement ou un slogan. Ce qui est important, ce sont les hommes et les femmes, leur déontologie, leurs principes. Etre « du bas » ne vous sanctifie pas plus par essence que « d’être du haut ». Tout ceci sont des simplifications moralisantes complètement fausses. Il y a des gens de l’élite droits, comme il y a des gens de la base malhonnêtes et ce depuis que le monde est monde.

Il ne suffit pas de se faire « Marcheur » comme Jean Viard, compétiteur malheureux face à moi aux dernières élections, pour faire oublier 40 années de fourvoiement au parti socialiste. De la même manière, il ne suffit pas de revêtir le jaune comme l’a fait Christophe Chalencon, autre compétiteur malheureux engagé contre moi en 2017, pour purifier un itinéraire fait de nombreux changements de cap et d’étiquette, de En Marche jusqu’au FN.

Je suis bien content de m’en tenir à la même ligne depuis 2012. Comme disait de Gaulle, la seule querelle qui vaille est celle de l’Homme. En politique, les sirènes des beaux discours et des mouvements d’émotion collective empêchent d’engager la vraie refondation. J’en appelle cependant à un sursaut de rationalité. Il est urgent de s’en apercevoir avant de livrer sur un coup de tête à un inconnu dangereux les clés de notre avenir.

Rome ne s’est pas faite en un jour, et même si Romulus a eu la peau de Remus, ce n’est pas ce meurtre qui a fait de Rome ce qu’elle est aujourd’hui.