Edito : Ruralité sacrifiée

Edito : Ruralité sacrifiée

En Mai 2017, dans un article de L’Opinion où j’interpellais le nouveau Président, j’avais écrit : « Je formule ici le vœu, pour le salut de notre pays, que tu remanies ton programme originel et qu’au-delà de l’horizon de la France mobile, jeune, entreprenante, cosmopolite, urbaine que tu côtoies, tu te confrontes aux problèmes de la France rurale, industrieuse, populaire, accablée de charges. Celle qui a fait la colonne vertébrale de ce pays et qui est en train de crever, sans perspective, sans internet et sans services publics. »

Mes craintes se sont révélées fondées. Macron est en train de sacrifier la ruralité sur l’autel du réalisme économique et du calcul budgétaire. Chaque administration réfléchissant dans son silo à la meilleure manière d’appliquer le rabot budgétaire, la conclusion logique de chacune est que c’est le maillon le plus faible qui doit disparaître. Et comme ces maillons faibles sont tous au même endroit, là où les services publics sont les moins « rentables », c’est un véritable bombardement.

C’est ainsi que ma circonscription a appris la fermeture de 9 classes scolaires dans des villages comme Sault (merci Blanquer). Il y a quelques semaines, c’est la ligne de chemin de fer de Pertuis qui a fermé pour travaux pour 4 ans (merci Borne), Il y a quelques mois, c’est la perception de Mormoiron qui a fermé (merci Darmanin). Et désormais, c’est le palais de justice de Carpentras qui est menacé (merci Belloubet). Vous ai-je parlé de Buzyn qui étrangle mes petites structures hospitalières avec la baisse de la tarification ?

Un territoire sans école, sans justice, sans services publics : voilà l’abandon généralisé de la République. Quelle entreprise, quelles familles, quels Français voudront s’installer sur un champ de ruines ?

Dans le même temps, ce sont ces ruraux abandonnés qui sont priés de payer la facture de l’allègement de charges consenti aux grandes fortunes : hausse du prix du fioul, taxation du diesel, suppression du dispositif Pinel en zone rurale, hausse de la CSG non compensée pour les retraités (nombreux en zone rurale)… le cocktail est amer. De toutes manières, avec la prochaine réforme institutionnelle, ces territoires ruraux ne pourront plus hurler : on les noiera dans de grandes circonscriptions dominées par les villes, et elles perdront leur représentation politique.

La ruralité n’existe pas dans l’esprit rotschildien d’Emmanuel Macron car il ne la connaît pas. Sinon, il n’aurait jamais osé imposer une limitation de la vitesse à 80km/h sur des routes départementales, une interdiction qui laisse de marbre l’urbain des métropoles mais vient emmerder le rural. A moins que ce châtiment soit mérité, que Macron s’en méfie car elle aurait mal voté en mai et juin 2017 ?