Edito : Saint Bol, priez pour nous

Edito : Saint Bol, priez pour nous

Depuis mai dernier, la France a un nouveau Président, qui est né sous une bonne étoile. La croissance redémarre. La classe politique est tétanisée. Les syndicats sous le charme. Familièrement, on dira qu’il a « du bol ».

Les résultats sondagiers sont du reste prometteurs : le pays serait quasiment sur le point de verser dans la « Manumania ». Les trompettes claironnent : Jeune, cool, digne, son style tranche effectivement avec celui de son prédecesseur. D’après la rumeur, Emmanuel Macron incarnerait la fonction, et sa communication serait quasi-parfaite. Il attire à lui des socialistes, des juppéistes, des lemairistes, des sarkozystes, des écologistes. C’est un miracle.

Alors, ne soyons pas de mauvaise foi : Oui, Emmanuel Macron est habile. Oui, il plait à une partie du monde économique car il arbitre régulièrement en faveur du capital. Oui, pour l’Opposition, cette visibilité médiatique est problématique, Macron faisant peu d’erreurs (la plus importante ayant été la baisse des APL et le désaveu du Général de Villiers).

Elle est surtout piégeuse car elle cache l’essentiel.

Emmanuel Macron est présenté comme pragmatique mais ce pragmatisme est en fait le reflet d’une idéologie de fond libérale-mondialiste, qui se traduit par un économisme appliqué à tous les choix politiques. Cet économisme a bien compris, intégré et surtout accepté la domination des contraintes économiques nées de l’intégration mondialisatrice. C’est au nom de l’équilibre budgétaire, des fameuses « économies « , que le modèle français s’est lentement dissout dans la mondialisation : la notion de Service public passe au second plan, qu’il s’agisse de fermer des lignes de TER « non rentables » (mais un Service public par définition n’est pas rentable !) ou encore de supprimer à France Televisions des émissions d’investigation. C’est toujours au nom des économies qu’on favorise la raréfaction de l’offre de soins (nombre de médecins, hopitaux publics…) afin de faire baisser les dépenses de santé, et c’est ainsi que la qualité de soin se dégrade. C’est encore au nom des économies qu’on asphyxie la marge de manoeuvre financière des HLM ou des communes afin de faire disparaitre les plus petites et créer des grands ensembles.

Il ne s’agit pas de contester le fait qu’il faille équilibrer les comptes, mais de pointer la dérive consistant à en faire le seul et unique objectif de toute politique.

L’économisme, érigé en politique d’Etat, met au second plan la vision politique au nom de la realpolitik budgétaire, mais il n’en a pas moins des conséquences politiques : la disparition du maillage territorial au profit des grandes concentrations ; la fin de la couverture des territoires ruraux ; l’évaporation du service public pour tous. L’économisme aime la mise en concurrence, ce qui conduit à la disparition des plus faibles. Emmanuel Macron, comme Ministre, l’avait appliqué avec sa loi sur les professions réglementées, qui aura pour principale conséquence de marchandiser le conseil notarial et faire disparaître les petites études au profit des grandes.

L’économisme est darwinien alors que la République est sociale et solidaire.

Cette politique a t elle été validée, souhaitée et débattue par les Français ? Non. Le message subliminal du macronisme est que de toutes manières, une seule politique, celle de la soumission aux impératifs modernes, est possible.

Faute de pouvoir agir sur le concret – le pouvoir d’achat, la protection des Français par rapport au terrorisme, la mort des centre-villes, la dégradation de la qualité de soins – le politique gouverne par les symboles. Un jour, Madame vient baptiser un panda (je préfèrerais qu’on débatte de l’ambiguïté chinoise sur la Corée du Nord). Un autre jour, Monsieur fait vibrer avec talent la France avec des éloges à des personnalités disparues, entre dépot de crayon et références hallidaysques. Le surlendemain, enfin, on convoque un grand « world summit » (in english please) pour parler d’Environnement. Cela coûte fort cher, cela ne fait pas avancer d’un iota le réchauffement climatique, mais la photo est belle.

Si je mets de coté la politique éducative excellentissime du Ministre Blanquer, que reste-t-il au fond du sac ?
– La loi de Finances veut équilibrer justice fiscale et baisse des impots. L’Impot sur la Fortune est coupé en deux, et donc le repoussoir subsiste pour les valeurs immobilières. La taxe d’habitation, injuste dans son calcul, subsiste pour 20% de la population. Demi-symbole.
– Les ordonnances sur la loi travail sont positives. Malheureusement, elles ne créeront pas directement des emplois, sauf à considérer que la fusion de comités en « comité social et économique » ou encore la barémisation des indemnités prudhommales puissent avec un impact psychologique. Symbole.
– La loi de modernisation a fait pshiit, avec in fine un système de contrôle pas très éloigné du précédent, où les embauches croisées de collaborateurs familiaux permettent de contourner l’esprit de la loi. Symbole hypocrite.
– La loi d’interdiction des hydrocarbures, votée pour « envoyer un signal » au monde prendra effet en 2040. La France sera le premier pays au monde (et pour l’instant le seul) à interdire le fossile. Impact mondial : 0,00018% des émissions. Impact national : destructions d’emplois de la filière. Symbole anti-économique.
– La directive travailleurs détachés a fait l’objet d’une offensive européenne de la France. A la fin le résultat du « succès » de Macron est limité : les détachements seront limités à 12 mois, alors que la durée moyenne est de 4 mois, et le sujet de la couverture sociale a été éludé. Symbole de pacotille.

A coté de cela, le Parlement débat de sujets importants. Il est convié à se lamenter sur l’esclavage en Lybie (pas moins de 5 questions en une seule session de questions au gouvernement), se mobiliser sur des sujets sociétaux comme l’égalité homme-femme (en mélangeant ceci avec les violences faites aux femmes au passage) ou se déchirer sur la place du drapeau européen dans l’hémicycle.

Emmanuel Macron gouverne avec le verbe. Il convoque l’Antiquité à Athènes, parade avec Donald Trump sur les champs-élysées et veut refonder la politique mondiale sur le climat. Mals avant de vouloir changer l’Europe, la planète ou les Etats-Unis, il devrait se pencher sur ce petit peuple de Français, notamment dans les territoires oubliés de la République, qui attendent des actions, et surtout des résultats.

Symboles, priez pour le chômage.