« Taboo »

Il existe un jeu de société qui se nomme Taboo. Vous devez faire découvrir un terme à votre partenaire de jeu, mais sans utiliser certains mots trop faciles, notamment les synonymes. Sur les affaires des roms, la Gauche joue (mal) à Taboo.

C’est l’arbre qui cache la forêt. L’unité de la Gauche s’est totalement disloquée sur cette question, entre une aile droite, incarnée par Manuel Valls, désireuse d’écouter les maires et d’ouvrir les yeux sur les problèmes d’intégration posés par l’explosion du nombre de Roms présents sur le territoire (20 000 estimés) et une aile gauche, pilotée par Cécile Duflot, accrochée à l’angélique rêve d’un société d’intégration parfaite. Au milieu, Ayrault, qui écarte dangereusement les jambes au-dessus d’un précipice.

Madame Duflot n’a visiblement jamais vu une bande de jeunes Roms à la sortie d’une bouche de métro soulager les passants qui passent. Elle n’a jamais eu affaire à un convoi s’installant sur un terrain privé et ravageant les alentours en pillant et volant. Elle n’a jamais vu ces bidonvilles qui défigurent les banlieues des métropoles et déshonorent un pays occidental qui se prétend 5ème puissance mondiale.

Le 16 juillet dernier, j’avais interrogé le ministre de l’Intérieur sur cette douloureuse question, à l’heure où la question de l’intégration de la Roumanie à l’espace Schengen est posée. Le ministre le plus populaire du gouvernement s’était engouffré dans ce qu’il voyait comme une belle occasion de jouer au Torquemada de la bien-pensance (un rôle que la majorité actuelle aime tant) : distribuer des brevets de Républicanisme, se revêtir d’une peau de lapin pour se rebeller contre cette Droite infâme qui ose utiliser des mots tabous, bref condamner la Droite pour ses « propos outranciers », ses « amalgames », ses « dérives qui font monter l’extrême-droite », etc, etc…

J’avais pourtant résumé assez bien le fond de ma question : comment voulez-vous résoudre un problème si on vous interdit par principe d’en énoncer le libellé ? Entre 15 et 30% des électeurs ont déjà trouvé la réponse à cette question : ils votent Front National, parce qu’ils ont l’impression que ce parti est le seul en capacité d’assumer le diagnostic qu’ils font tous les jours dans la rue et dans les espaces collectifs. La dissolution du vivre-ensemble est en marche, et son prémisse est le non-respect de la loi. Cette époque-là est terminée : je suis bien décidé à utiliser de ma liberté de parole et à n’enterrer aucun dossier.

Manuel Valls a fini par être rattrapé par la réalité et quelques semaines plus tard, a nommé le problème Rom avec des termes encore plus crus que ceux que j’avais choisi d’utiliser. Pour cela, il a immédiatement été cloué au pilori par une Gauche des belles âmes, minoritaire en voix, mais toute puissante dans le microcosme et dans les médias. Généralement, entre « infâme » et « nauséabond », elle aime glisser, comme si c’était un péché, le mot « discours de Grenoble ». Entre initiés, ça permet de se reconnaître.

Lorsque pour la première session de la rentrée parlementaire, je lui ai rappelé l’outrance de sa réponse du 16 juillet et lui ai mis devant le nez ses contradictions, c’est le Premier ministre en personne (que d’honneur !) qui a tenu à me répondre pour rétablir l’équilibre de sa majorité et mettre fin à la polémique qui a agité la Gauche. Sa réponse a été confuse et entachée de nombreuses erreurs. Il en est ressorti qu’il désavouait en partie son propre ministre de l’Intérieur sans forcément donner raison à Cécile Duflot.

L’erreur des socialistes est d’avoir abandonné la Nation et considéré qu’utiliser des termes comme « patrie » ou « culture judéo-chrétienne », ou même « ordre », étaient connotés « d’extrême droite ». Ils n’ont pas compris qu’ils sciaient la branche sur laquelle ils étaient assis car la base même du contrat républicain, c’est un Etat juste capable d’assurer l’ordre. Derrière l’affaire des Roms, et un Premier ministre qui se tortille, c’est en réalité une vérité toute crue qui se dévoile sous nos yeux : la Gauche ne sait plus ce qu’est une Nation, ni ce qu’est la République, à part deux stations de métros entre lesquelles elle aime à manifester lorsque la Droite est au pouvoir…

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