France, ta jeunesse fout le camp

France, ta jeunesse fout le camp

En 2011, 35 000 foyers fiscaux ont quitté l’hexagone, dont 40% de jeunes de moins de 30 ans. Ils étaient 21 000 en 2010. 35 000 foyers représentent probablement entre 50 000 et 70 000 Français. Ce chiffre devrait suffire à nous faire frémir : France, ta jeunesse fout le camp. Marre des taxes, marre d’un climat morose, marre d’un pays qui conçoit sa jeunesse au pire comme une menace, au mieux comme une vache à lait. Ce n’est pas un hasard si la récente réforme des retraites votée par le Parlement propose un allongement des durées de cotisation à partir de 2020, ce qui fait porter l’essentiel du poids de la réforme des retraites sur les moins de 40 ans.

Dans le même temps, d’après le Ministère de l’Intérieur, l’immigration légale a été de 180 000 personnes, sans compter les chiffres de l’immigration clandestine qui étaient de 33 000 personnes. Le nombre d’immigrés illégaux est estimé à 400 000.

La mise en rapport est vertigineuse : d’un côté la France perd grosso-modo tous les 10 ans (et cela va en s’amplifiant), un demi-million de Français plutôt jeunes, imposables à l’impôt, mobiles et probablement surdiplômés. De l’autre, sur la même période décennale, nous accueillons dans les mêmes proportions 300 000 clandestins et nous gérons à peu près le double de demandeurs d’asile. Ce sont plutôt des profils non-diplômés, émargeant au système social Français (notamment l’AME ou la CMU), puisque je laisse de côté la part d’immigration légale composée d’étudiants et de d’adultes venus pour raisons professionnelle.

Cet effet ciseau, quel est son impact ?

Le premier est une perte de valeur ajoutée nette évidente, la plus dramatique depuis la révocation de l’Edit de Nantes de 1685. Malgré l’interdiction qui leur est faite par Louis XIV de s’enfuir, près de 300.000 «religionnaires» huguenots avaient trouvé alors moyen de quitter la France pour des refuges tels que Berlin, Londres, Genève, Amsterdam ou même Le Cap, en Afrique du sud. Ces exilés issus de la bourgeoisie laborieuse firent ensuite la fortune de leur pays d’accueil (c’est grâce à eux que le secret du billet de banque fut inventé à Londres, et non en France) et privèrent la France de nombreux talents. Il est sur ce point ironique que ce soit l’ancien maire de Nantes qui accélère cette deuxième catastrophe migratoire.

Le second est une explosion des dépenses sociales liées au traitement des étrangers : les dépenses de l’AME, qui bénéficient aux étrangers clandestins, ont augmenté quatre fois plus vite que les dépenses du régime général ou de la CMU. La CMU, quant à elle, progresse allègrement (+3% en 2011), et est touchée par 4,4 millions de personnes. Qui tire la charrette ? Les cotisants et les contribuables.

Le troisième est une montée du vote Front National sur fond de confusion totale de la sémantique et de doute général sur les chiffres officiels. Le consensus mou réfutant la possibilité d’établir des statistiques par origine ethnique, le moindre démagogue surfe sur le fantasme du « remplacement de population » alors qu’il faudrait à ce rythme plusieurs siècles pour tendance pour qu’il se produise.

Dans ces conditions, la réflexion sur les mécanismes d’acquisition automatique de la nationalité se pose.

Le droit du sol a en effet été la règle pour des pays comme la France qui étaient des pays d’immigration, dans un souci de faciliter l’intégration des nouveaux arrivants. Les chiffres de 1789 n’étaient cependant pas ceux de 2013. La règle du droit du sang prévalait en revanche dans des pays d’émigration, comme l’Allemagne, afin de garder contact avec les émigrés et de permettre à leurs descendants de revenir sur le territoire de leurs pays d’origine.

A partir du moment où la matière grise française fuite vers l’international, instaurer le droit du sang répondrait à une certaine logique, afin que les graves erreurs fiscales prises ces derniers temps n’aient pas un effet irrémédiable : quid de la seconde génération qui aura à choisir entre le passeport américain ou singapourien et le passeport tricolore ? Restreindre les possibilités d’acquisition de la nationalité permettraient accessoirement de rationaliser le discours national sur l’immigration : le peuple Français sait que ses frontières sont plus ouvertes qu’avant, que l’immigration illégale existe, et que nous n’avons aucune idée précise sur l’impact en matière de brassage ethnique ni de coût social. Nous sommes dans la situation d’une maison où nous aurions de l’eau jusqu’aux chevilles mais où nous refuserions de toucher le robinet d’arrivée.

Les tempêtes philosophiques provoquées par la récente proposition du président de l’UMP sur les conditions d’acquisition de la nationalité, et notamment l’accusation facile de « porter atteinte au pacte républicain », démontrent bien le déni de réalité dans lequel se sont enfermées les élites françaises. Dans un pays qui pratique 66 000 naturalisations par an, crier au loup parce que l’on désire que l’acquisition de la nationalité soit un acte volontaire, à condition d’être rentré légalement sur le territoire, ou d’être né de personnes étrangères en situation légale,  semble un minimum. Qu’est-ce qu’une Nation ? La volonté de vivre-ensemble.