Grèce – Lettre ouverte de parlementaires républicains à Manuel Valls (Valeurs Actuelles, 22 juillet 2015)

Grèce – Lettre ouverte de parlementaires républicains à Manuel Valls (Valeurs Actuelles, 22 juillet 2015)

Indignation. Dans une lettre ouverte adressée à Manuel Valls, les parlementaires Les Républicains Christian Estrosi, Dominique Estrosi-Sassone, Julien Aubert, Bernard Deflesselles, Sauveur Gandolfi-Sheit, Franck Gilard, Thierry Mariani, Franck Marlin, Eric Straumann, Patrice Verchère, Philippe Vitel et Michel Voisin dénoncent l’attitude du président de la République et celle du premier ministre dans la gestion de la crise grecque.

Monsieur le Premier Ministre,

Vous avez soumis au vote de l’Assemblée nationale l’accord que le Président de la République qualifie d’accord historique. Après avoir constaté non sans désolation que les membres de votre Gouvernement et de votre majorité se sont livrés à un exercice d’autosatisfaction assez indécent nous souhaitons vous interpeller sur les points suivants.

Vous avez signé un accord non pas avec la Grèce mais avec un Premier ministre extrémiste, qui gouverne à la fois avec l’extrême gauche mais aussi avec l’extrême droite. Un Premier ministre qui un jour demande à son peuple de lui accorder sa confiance en refusant un plan d’austérité supplémentaire et qui quelques jours plus tard signe avec Bruxelles un accord encore plus contraignant.

Aujourd’hui, vous avez signé un chèque de plus de 86 milliards d’euros à un homme en qui plus personne ne peut avoir confiance. Ces 86 milliards d’euros viendront s’ajouter aux 320 milliards d’euros de dette que la Grèce a déjà accumulée vis-à-vis de ses créanciers.

Aujourd’hui, une fois de plus vous avez mis la Grèce sous perfusion mais pour quels résultats ? Des banques fermées, une économie ruinée, une population désespérée et une colère qui gronde. Ci-gît le bilan de la négociation de Monsieur Hollande à Bruxelles.

Vous demandez aux Grecs d’appliquer des mesures que vous êtes vous-mêmes incapables de mener à bien dans notre pays. Vous êtes plus prompts à vous montrer courageux pour la Grèce que pour la France.

Vous avez sacrifié au nom de la doxa européenne, en rayant d’un trait de plume l’avis exprimé par référendum dimanche 5 juillet, un peuple qui est à l’origine de la démocratie.

Face à une telle situation plusieurs choix se présentaient alors à vous.

Vous auriez pu choisir pour une fois de dire la vérité aux Français et aux Grecs. Vous auriez pu dire aux Français qu’avec ce Premier ministre rien ne les assurait de revoir un jour l’argent prêté à un pays partenaire. Vous auriez pu expliquer aux Français qu’en réalité ce troisième plan d’aide n’est en rien le dernier. Car si aujourd’hui l’incendie est maîtrisé, un coup de vent sur les marchés financiers et les braises pourraient bien faire d’Athènes le nouveau Pompéi. Vous auriez également dû dire à nos contribuables que le fonds de privatisation qui doit garantir les emprunts grecs à hauteur de 50 milliards est totalement irréaliste et surévalué.

Vous auriez pu expliquer aux Grecs que ce troisième plan n’était ni plus ni moins qu’encore un peu plus de sang, de sueur et de larmes pour un avenir qui est toujours aussi incertain. Que cette mise sous tutelle n’était non pas un accord partagé entre partenaires mais une humiliation supplémentaire. Quel pays souverain accepterait que ses créanciers prennent le contrôle de ses comptes publics ?

Enfin vous auriez aussi pu choisir de dire aux Européens qu’à l’avenir il nous sera impossible de faire cohabiter au sein d’une même zone monétaire des pays aux économies si lointaines et aux objectifs parfois si antagonistes. Vous auriez pu leur dire que cette tragédie à laquelle vous avez contribué pouvait conduire à la fin de l’idéal européen qui est le nôtre. Quelle sera la prochaine étape Monsieur le Premier Ministre ?

Au fond vous auriez simplement pu choisir de faire face et de choisir la voie du courage en soumettant à l’avis des Français par référendum ce nouvel accord. Mais il n’en est rien, vous avez préféré le mensonge et la dissimulation. Vous avez préféré dire aux Français que vous aviez sauvé le monde alors que vous leur avez fait signer un chèque en blanc à un Gouvernement extrémiste. Sans doute considérez-vous que tout ça n’est pas très grave puisque « ça ne coûte pas cher comme c’est l’Etat qui paie ».

Vous avez préféré dire aux Grecs que c’était l’humiliation ou le chaos et aux Européens que tout pourrait continuer comme avant.

C’est donc bien au nom de notre souveraineté nationale, de notre amitié avec la Grèce et de notre idéal européen que nous n’avons pas voté cet accord historiquement injuste.

Dominique Estrosi-Sassone, Julien Aubert, Bernard Deflesselles, Sauveur Gandolfi-Sheit, Franck Gilard, Thierry Mariani, Franck Marlin, Eric Straumann, Patrice Verchère, Philippe Vitel et Michel Voisin