Julien Aubert : «Le FN gaulliste, c’est une escroquerie intellectuelle» (L’Opinion, le 24 février 2015)

Julien Aubert : «Le FN gaulliste, c’est une escroquerie intellectuelle» (L’Opinion, le 24 février 2015)

Alors que Marine Le Pen reçoit le soutien d’un groupe de gaullistes, le député UMP du Vaucluse marque sa désapprobation.

Que pensez-vous des professions de foi gaullistes des responsables du Front national?

C’est une énorme supercherie, une escroquerie intellectuelle. Il faut quand même se rappeler que les fondateurs du Front national étaient les pires ennemis du général de Gaulle ! Aujourd’hui, le FN récupère des gens qui se disent gaullistes ou gaulliens, mais qu’est-ce que ça veut dire, « gaulliens » ?

Marine Le Pen est-elle en train de réussir son OPA ?

Elle tente de faire un pillage en règle, une OPA sur les mots. Prenez le « Rassemblement bleu marine » : « Rassemblement », c’est le gaullisme. « Bleu », c’est la couleur de la droite, et elle ajoute son prénom. Elle veut faire croire qu’il se passe autour d’elle ce qui s’est passé autour du général de Gaulle. Mais il y a une dualité au sein même du FN : certains, autour de Florian Philippot, disent « ni droite ni gauche », en se félicitant d’être rejoints par des gens de l’UMP, du NPA ou du PS. D’autres, autour de Marion Maréchal-Le Pen, disent, « la vraie droite ». Bref, le FN est une auberge espagnole, un UMPS inversé. En réalité le FN n’a pas de programme. Son programme, c’est Marine Le Pen, qui veut jouer à la femme providentielle et a besoin de mimer le scénario gaulliste. Et comme elle est quand même gênée par l’histoire de sa famille, elle se dit « gaullienne ».

Quand Florian Philippot va fleurir la tombe du général de Gaulle, ça vous choque?

Je ne suis pas là pour juger de la sincérité des gens, mais qu’ils ne viennent pas nous donner un brevet de gaullisme. Il se pourrait bien qu’en réalité Florian Philippot soit l’« idiot utile » du Front national.

Comment la droite doit-elle réagir ?

La seule manière de combattre le FN, c’est de faire de l’anti-marinisme puisqu’il n’y a pas de programme. Nous devons en outre réveiller le gaullisme populaire. C’est vrai que nous avons laissé partir les mots, comme on a laissé partir pendant des années l’idée de Nation, le drapeau tricolore ou la Marseillaise. Mais ce n’est pas parce que Mme Le Pen aime le couscous, que le couscous est d’extrême-droite !

Faut-il changer l’UMP ?

L’UMP ne doit pas être l’Autriche-Hongrie : un grand empire, puissant, mais dont la diversité est aussi sa faiblesse, du fait d’un problème d’identité commune. Il est menacé de l’Anschluss que pourrait venir faire le Front national. Il faut donc ressusciter deux tendances au sein de l’UMP, avec des messages forts et clairs, créer deux formations jumelles sur le modèle CDU/CSU en Allemagne : l’une plutôt européenne et libérale ; l’autre plutôt eurosceptique et colbertiste. Elles seraient réunies dans un même mouvement par un président fédéral élu par les adhérents, et qui aurait vocation à être le candidat à l’élection présidentielle.

Que veut dire, en 2015, « gaulliste » ?

C’est la capacité de la France à dire « non » dans l’Histoire. Dire « non » au fatalisme. C’est peut-être dire parfois « non » à Bruxelles, ou à l’Allemagne. A sa manière, en Grèce, Alexis Tsipras a dit « non ».