Le portique de la Bastille

Le portique de la Bastille

Alors oui, disons-le : l’écotaxe est une mauvaise taxe. Je me suis battu pour qu’elle ne passe pas, puis ensuite pour qu’elle soit déclarée anticonstitutionnelle. En effet, le schéma d’organisation de cette taxe est bizarroïde, ponctionnée en deux temps, d’abord auprès des transporteurs, puis rebasculée sur le client final. Elle est calculée en deux fois, sur deux modes différents. S’agissant de la compensation acquittée par le client, elle fait intervenir une société privée qui se voit un monopole de droit et qui calcule la taxe sur le petit pourcent solitaire des routes taxables. En effet, l’écotaxe ne s’applique pas aux autoroutes (déjà payantes) ni au petit réseau routier (non taxé).

Surtout, l’objectif est flou : il s’agit de lutter contre le réchauffement climatique avec une fiscalité verte. Pour quel impact, lorsqu’on parle de quelques centimes par kilomètre ? Nul ne le sait.

Seul hic : si tout le monde s’accorde à dire qu’il faut protéger l’environnement, l’Homme en fait partie et entend que le taux de chômage ne soit pas secondaire par rapport au taux de CO2 dans l’atmosphère.

Pour faire bref, l’écotaxe est illégitime, car personne ne comprend comment elle fonctionne, pour quel objectif, ni quel est son sens compte-tenu du climat de crise que le pays connaît actuellement.

Mai 1789 a débuté à cause d’un monarque faible qui voulait que son petit peuple, pressuré d’impôts et de taxes, paye plus, malgré la disette, faute d’avoir eu le courage de s’attaquer aux privilèges (nous dirions aujourd’hui, la réforme de l’Etat).

2013 n’est pas 1789. Quoique. Si c’était une Révolution, et non une révolte, les bonnets rouges seraient phrygiens, et les portiques mis à mal seraient la Bastille. Par un processus de symbolisation exacerbée, le portique d’écotaxe est devenu en effet le symbole du taux de pression fiscale, qui s’est accrue massivement depuis que la Gauche est au pouvoir.

Ne nous en réjouissons pas. La Droite a sa part de responsabilité dans ce qui est en train d’arriver, elle qui n’a pas su baisser les impôts lorsqu’elle était au pouvoir, après la crise de 2008, et qui n’a pas osé mettre en place la TVA sociale. La Droite a quitté le pouvoir sans établir le modèle de l’écotaxe qu’elle avait instituée, happée par la nécessité de faire face à la Crise.

Ne nous réjouissons pas. Aucun républicain ne peut se contenter de voir le gouvernement de la France totalement dépassé par une fronde bretonne, sur fond d’ultimatum, de menaces et de détérioration du mobilier urbain. Même au Front National : il est facile de donner des leçons de mécanique lorsqu’on a les mains blanches du joueur de piano. Ce pays est notre pays.

Ceci, le gouvernement aurait pu le comprendre s’il avait accepté d’écouter le pays réel – à commencer par ne pas bâillonner sa majorité, ni se moquer des avertissements de l’opposition – et réalisé qu’il y a une différence entre refaire le monde rue de Solferino et gouverner la France. Désormais, tous les ingrédients sont réunis pour qu’un dérapage malheureux mette le feu aux poudres. Il est temps de faire ce que nous aurions dû faire depuis 30 ans, se relever les manches, et travailler au redressement de la Nation, au lieu d’asphyxier nos forces vives.