Les “cadets-Bourbon” rêvent d’incarner la relève à droite (le Monde, le 31 octobre 2013)

Les “cadets-Bourbon” rêvent d’incarner la relève à droite (le Monde, le 31 octobre 2013)

Les jeunes députés UMP Damien Abad, Alain Chrétien, Virginie Duby-Muller, Gérald Darmanin  et Julien Aubert à Tourcoing (Nord), le mercredi 30 octobre.

Comment se faire un nom à l’UMP au milieu des ténors ? Sept jeunes députés pensent avoir trouvé la parade. Ils ont décidé de constituer un groupe formel s’appelant les « cadets-Bourbon ». Ils sont trentenaires et ont été élus au Palais-Bourbon en juin 2012. Inconnus du grand public, ils souhaitent incarner le renouveau à droite.

Attablés à un restaurant de Tourcoing (Nord), mercredi 30 octobre, cinq membres du club expliquent : « Après avoir survécu à la vague rose des législatives, il y a eu une connivence de génération à notre arrivée à l’Assemblée. Entre bizuts, il fallait se serrer les coudes », raconte avec le sourire Alain Chrétien, maire de Vesoul et député de Haute-Saône.

« Chasser en meute nous permet d’être plus forts », approuve Damien Abad (Ain). Pour Julien Aubert (Vaucluse), « des liens se sont créés car on a tous dû l’emporter dans la difficulté, dans des circonscriptions de gauche ou face à des dissidents ». « C’est notre premier mandat ; vivre notre baptême du feu nous a rapprochés », observe Virginie Duby-Muller (Haute-Savoie).

Gérald Darmanin, député du Nord, reçoit ses alliés sur ses terres. Pour leur deuxième déplacement commun, les cadets-Bourbon sont venus à Tourcoing soutenir sa candidature à la mairie. Le jeune élu entend reconquérir cette ville populaire de 95 000 habitants, acquise à la gauche depuis vingt-cinq ans. L’enjeu est de taille : s’il l’emportait, la communauté urbaine de Lille, présidée par Martine Aubry, pourrait basculer à droite……

Virginie Duby-Muller, Alain Chrétien et Gérald Darmanin, dans la permanence de ce dernier, député de Nord, le 30 octobre, à Tourcoing.

ICI, LES EXTRÊMES FONT RECETTE

La journée est placée sous le signe de l’industrie avec deux visites d’usine au programme. Le thème n’a pas été choisi au hasard. Depuis les années 1970, Tourcoing a subi la crise de l’industrie textile, qui était le principal employeur local. La ville, qui compte un taux de chômage de près de 15 %, en porte les stigmates. Le quartier de la gare donne une impression de village abandonné : des sites industriels sont désertés, un bidonville longe la route principale…

Pour l’emporter, M. Darmanin doit séduire un électorat majoritairement populaire. Ici, les extrêmes font recette : Jean-Luc Mélenchon avait recueilli 12 % à la présidentielle, Marine Le Pen, 22 %. Le député UMP sent qu’un nombre croissant d’habitants sont tentés de voter pour le Front national aux municipales, en particulier ceux qu’ils appellent « les cocus de François Hollande ».

Pour les en dissuader, il mise sur le porte-à-porte. « Echanger avec les gens reste le meilleur moyen de les convaincre », explique-t-il. « La seule manière de reconquérir un électeur allant vers le FN, c’est de lui parler de ses problèmes concrets, sans évoquer le FN, ni l’UMP », renchérit M. Aubert, qui se présente aux municipales face au suppléant de Marion Maréchal-Le Pen à Carpentras (Vaucluse).

ACTIFS SUR LE TERRAIN

Les cadets-Bourbon illustrent la diversité de la droite. M. Darmanin, bras droit de Xavier Bertrand, veut incarner une droite populaire ; M. Aubert, proche d’Henri Guaino, se revendique comme un gaulliste ; M. Chrétien (soutien de Bruno Le Maire) et Mme Duby-Muller sont plus libéraux ; M. Abad, quant à lui, est un européen convaincu, partisan du fédéralisme.

Ces ambitieux entendent être aussi actifs sur le terrain qu’à l’Assemblée. La veille de leur visite à Tourcoing, ils ont été reçus à Bruxelles par le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, puis par Michel Barnier. Le 25 septembre, le premier voyage de groupe avait eu lieu à Carpentras sur le thème de l’artisanat. Le 27 novembre, ce sera dans l’Ain sur l’innovation. Devant être reçus par Nicolas Sarkozy avant la fin de l’année, ils espèrent également rencontrer Angela Merkel.

Ces jeunes loups ont conscience que leur profil de nouveaux de la classe est leur principal atout. « Les électeurs me disent : “”Contrairement aux anciens, vous, vous n’êtes pas encore pourris”” », témoigne M. Darmanin. Autre avantage : ils ne peuvent être tenus responsables du bilan de la droite au pouvoir.