Les charlatans

Les charlatans

La France va voter dans 15 jours pour décider qui doit mener la politique d’attribution des allocations sociales, qui doit présider à la construction et à l’attribution des logements sociaux, qui doit entretenir les collèges et les routes.

Dans les médias, aucun de ces sujets de fond n’est évoqué, malgré la rage des Français sur certains d’entre eux. Le clientélisme dans l’octroi des logements sociaux ou le pistonnage, la corruption qui s’accroit dans les procédures de marchés publics, les dépenses somptuaires, les inégalités criantes en matière sociale entre ceux qui travaillent et ceux qui vivent des allocations ? Aucune place pour ce sujet là. Après tout, il n’est pas important de parler de l’état du malade, il est surtout central de commenter la montée de température.

Et c’est ainsi qu’au centre de la vie politique s’est installée la culture de la dissertation sur le thermomètre. Il a pour nom « Front National » et il est sur toutes les lèvres.
Manuel Valls a « l’angoisse » du thermomètre, mais il a le don pour faire tout ce qui est en son pouvoir pour le faire fondre. Sa politique consiste à maintenir en activité une ministre de la Justice qui plaide pour le laxisme le plus total en matière pénale, donnant l’impression aux Français de vivre dans une gigantesque zone de non-droit, et de l’autre à haranguer méchamment le Front National en lui refusant l’appartenance à la communauté démocratique. Bref, supprimer le traitement médicamenteux et dans le même temps s’émouvoir de l’aggravation de la fièvre. Et de manière prosaïque, doublement frustrer les Français qui votent FN, en accélérant une politique qu’ils détestent tout en les insultant copieusement.

Le FN est devenu le « grand méchant loup » de la vie politique, le « croquemitaine » indispensable qui doit permettre aux socialistes d’être réélus en 2017 grâce à la fracture de la Droite. Le FN, de son coté, fait mine de s’en offusquer mais il raffole de ce Premier ministre qui lui permet de bien se victimiser et donc de permettre une meilleure identification avec ceux qui souffrent en France. Il sait pertinemment que Marine Le Pen ne peut pas être élue en duel mais son objectif est autre : tuer l’UMP et prendre sa place comme alternative à la Gauche. Tant pis si le prix à payer est un second mandat socialiste : le thermomètre se nourrit de la fièvre.

Et puis, pendant qu’on crache sur le thermomètre, cela évite de débattre des propositions surréalistes des professeurs Diafoirus du FN. Charlatans et menteurs, ces derniers promettent, tels Tsipras en Grèce, des remèdes « de choc » tellement simples. En Grèce, l’illusion a tenu 15 jours et ceux qui au FN aimaient citer Tsipras sont devenus brusquement silencieux. Qu’ils tiennent à Tourcoing un discours économique socialisant qu’ils passent sous silence à Carpentras, nul ne s’en émeut. Que le FN prétende régénérer la politique alors qu’il attire dans ses cadres les opportunistes et retourne-veste de tous poils, anxieux de se rallier à la dynastie régnante pour obtenir une charge ou une prébende, nul ne le dénonce. Que le FN mente en affirmant “incarner la vraie droite” tout en se vantant simultanément d’élaborer son programme avec un cocktail d’ex-communistes, voire des trotskystes, des centristes, des radicaux d’extrême-droite et de pseudo-gaullistes, nul n’y voit d’illogisme.

Manuel Valls chemine avec Marine Le Pen, qu’ils le veuillent ou non : la duplicité accrochée au bras du charlatanisme.