Les “lapins crétins”

Les “lapins crétins”

Prise de panique, la Gauche a allumé à peu près tous les fumigènes & contre-feux qui étaient en sa possession pour masquer son désarroi.

Dans sa psychose collective, la Gauche avance des solutions qui ne feraient qu’accroître le fossé entre les élus et le citoyen.

Certaines propositions sont pour le moins troublantes, comme par exemple Harlem Desir qui considère que proposer le droit de vote des étrangers ou le non-cumul des mandats répondrait à la crise morale suscitée par les révélations de Mediapart.

Donner le droit de vote aux étrangers, c’est nier la citoyenneté Française, fondement de la démocratie. Trancher brutalement le sujet du non-cumul des mandats, sans avoir préalablement mis de l’ordre dans les baronnies territoriales, c’est risquer de faire du Parlement national le parent pauvre du monde politique. Dans ce monde alternatif, les “grands féodaux” opteraient pour leurs mairies ou leurs EPCI (c’est à dire des budgets et des hommes) plutôt que leur siège de député (trois collaborateurs et une petite réserve parlementaire). Le Parlement deviendrait un corps politique peuplé des “ambassadeurs parisiens” des grands seigneurs de province, si possible élus à la proportionnelle comme ça “l’apparatchikisation” sera définitive.

Le plus ridicule aura été la course à l’échalote de la “transparence” : jesuistransparent.fr ; jesuisplustransparentquetoi.com. La transparence, c’est la nouvelle potion magique, celle qui permet de prévenir tous les maux. Qu’importe qu’on puisse être malhonnête ET transparent, et que la transparence ne soit rien sans un contrôle poussé des déclarations des élus : le grand barnum politique ne s’arrête pas à de tels détails.

Bref, j’ai l’impression de revoir cette publicité avec les “lapins crétins” où ces derniers pivotent tous en même temps à gauche, à droite, et finissent par se jeter dans le vide.

La fameuse “démocratie scandinave” dont on nous rebat les oreilles, c’est un monde où une ministre suédoise, Mona Shalin, a dû démissionner parce qu’elle avait utilisé sa carte professionnelle pour des achats privés, notamment des barres de Toblerone. Le délit n’a jamais pu être prouvé…

La tant célébrée “démocratie de la transparence”, c’est le monde de Big Brother où la suspicion légitime devient le mode normal de régulation de la société. Mon maire a déclaré avoir acheté 45M2 en 1998 à 100 000 euros. Mais est-ce le bon prix ? N’y-a-t-il pas un dessous de table ? Et peut-on vraiment arrondir à 100 000 euros : n’est-ce pas plutôt 103 292 euros ? Et pourquoi a-t-il caché ces 3 292 euros ?

L’omission devient présomption de culpabilité.
L’erreur factuelle devient preuve à charge.

On le comprendra : la “moralisation de la vie politique” est une vaine tirade : elle suppose que la vie politique est nécessairement “immorale”. Or, pour le moment, c’est la Gauche qui s’est montré immorale, elle qui bramait que son adversaire était le monde de la Finance et qui s’est réveillée un beau matin avec un ministre du contrôle fiscal en flagrant délit de fraude et un trésorier de campagne aux îles Caïmans.

Cahuzac, Guerini, Kucheida : plutôt que d’imaginer des grandes envolées qui se solderont par une réduction de l’espace démocratique, il faut aller vers des mesures simples : plus de pouvoir aux chambres régionales des comptes pour mieux contrôler les collectivités et les élus locaux ; un renforcement des services financiers chargés de la lutte contre le blanchiment d’argent; et des sanctions exemplaires contre les élus qui sont pris la main dans le sac.

Quant au gouvernement actuel, il manque bien évidemment de la crédibilité nécessaire pour assumer une telle réforme : un gouvernement est collégialement responsable devant le Parlement, il doit donc collectivement prendre la porte. La technique du bouc-émissaire a des limites : la Gauche devrait se souvenir de l’affaire Kerviel et assumer qu’elle a les mains remplies de confiture.