Les souverainistes de l’UMP ne veulent pas que les européennes soient une «consolante» (L’Opinion, le 12 novembre 2013)

Les souverainistes de l’UMP ne veulent pas que les européennes soient une «consolante» (L’Opinion, le 12 novembre 2013)

A droite, le recasage des battus des législatives de 2012 (Michèle Alliot-Marie, Nadine Morano…) au scrutin de mai 2014 agace.

Les faits – Les élections européennes auront lieu le 25 mai 2014. Elles ne s’annoncent pas simples pour l’UMP. Il faudra trancher entre ceux qui défendent le fédéralisme, au sein du parti de Jean-François Copé, et les eurosceptiques. Des représentants de ces derniers ont fondé à l’Assemblée un collectif parlementaire pour la Refondation de l’Europe.

Ils se sont vus pour la première fois en juillet. C’est Julien Aubert, député UMP de la cinquième circonscription du Vaucluse depuis juin 2012, qui est à la manoeuvre. Ce jeune gaulliste -il a 35 ans- n’est pas vraiment un fanatique de l’Europe de Bruxelles telle qu’elle s’est construite. C’est un proche d’Henri Guaino. Il propose à l’ancienne plume de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, désormais élu à l’Assemblée, quelques collègues connus pour leurs convictions souverainistes (Jacques Myard, Jean-Frédéric Poisson), des figures de la Droite populaire (Philippe Meunier) de se réfléchir régulièrement à une «refondation de fond en comble du fonctionnement de l’Europe, mais sans tuer celle-ci.» Le collectif parlementaire pour la Refondation de l’Europe est né. Une quinzaine de députés UMP en font partie. «A l’extérieur, on croit que l’UMP est peuplée de fédéralistes libéraux. Cette idée est notamment véhiculée par le FN. Mais ce n’est pas le cas, assure Julien Aubert. A l’UMP, nous sommes nombreux à souhaiter une Europe raisonnée et raisonnable, respectant la souveraineté des Nations.»

Depuis, le collectif pour la Refondation de l’Europe se retrouve une fois par mois. En décembre, il recevra Jacques Sapir, économiste, qui plaide pour la sortie de l’euro. Les députés du collectif ne sont pas de son avis, mais ils sont désireux d’entendre un autre point de vue. Ils attendent aussi avec impatience le débat sur la ligne que présentera leur parti aux élections européennes de mai 2014. Il ne devrait pas avoir lieu avant l’année prochaine. Il ne sera pas simple. A l’UMP, France Moderne et Humaniste, le courant de Jean-Pierre Raffarin et Luc Chatel, défend par exemple un fédéralisme budgétaire européen et une fédération franco-allemande. «Nous ne sommes ni pour une fédération, ni pour une confédération, riposte Julien Aubert. Nous souhaitons la mise en place d’une structure d’organisation intergouvernementale mettant en oeuvre des politiques communes.» Dans un premier temps, les discussions auront lieu à l’Assemblée. Pour patienter et débroussailler un terrain hautement inflammable, Christian Jacob, le patron des députés UMP, vient de mettre en place un groupe de travail.

Il y a la ligne. Il y a également les hommes. Dans les coulisses du parti de Jean-François Copé, les candidatures au scrutin de mai se multiplient. Beaucoup d’anciens députés battus aux législatives de juin 2012 voudraient s’y présenter. C’est le cas de Michèle Alliot-Marie (dans la grande région Sud-Ouest), Nadine Morano (dans le Grand Est), Renaud Muselier (dans le Grand Sud-est)…La place dans la campagne du commissaire européen Michel Barnier fait également déjà beaucoup parler (voir l’opinion du 4 novembre): est-il bien judicieux de mettre en avant le Français qui incarne la commission Barroso en ces temps où Bruxelles est si honnie dans le pays?

C’est sur cette question – toujours sensible- des investitures que le collectif parlementaire pour la Refondation de l’Europe a voulu prendre position. Dans la tribune que l’Opinion publie, il déplore que les européennes soit la «consolante» -une expression utilisée dans la pétanque- pour les battus des élections passées. Il s’oppose à ce que «des personnalités qui ont intériorisé la fin de la France» soient en lice: comment l’UMP pourra-t-elle alors défendre «une véritable politique de contrôle des frontières»? Le débat est lancé.

«L’UMP doit présenter aux élections des personnalités qui incarnent la réorientation de la construction européenne»

Pour ce collectif, les européennes ne doivent pas être «une consolante» pour les battus des législatives précédentes.

 

Nous, députés de l’opposition membres du Collectif parlementaire pour la Refondation de l’Europe, appelons les instances dirigeantes de la Droite à appliquer aux prochaines élections européennes la même volonté de rajeunissement et de renouvellement qui a présidé aux investitures pour les municipales.

Contrairement aux Cassandre, nous pensons que les élections européennes ne sont pas structurellement perdues d’avance pour peu que l’on s’en donne les moyens. L’UMP doit envoyer devant les électeurs une liste de personnalités qui incarnent la réorientation des idées sur la construction européenne. Il ne suffit pas de mots et de programmes différents pour démontrer à notre électorat que nous sommes résolus à corriger la trajectoire défaillante de la construction européenne : il faut l’incarner par des hommes et des femmes.

Il ne nous sera pas possible de défendre une Europe des Nations si nous présentons des candidats éligibles ouvertement fédéralistes ou qui s’accommodent sans aucun problème du fonctionnement bureaucratique de l’Union européenne actuelle.

Il ne nous sera pas possible de parler d’une refonte de l’espace Schengen ou d’une véritable politique de contrôle des frontières de l’Union si nos listes sont animées par des personnalités qui ont intériorisé la fin de la France.

Il ne nous sera pas possible d’être crédible dans notre volonté de changer l’Europe si nous présentons aux suffrages de la Nation des hommes et des femmes, quelles que soient leurs qualités par ailleurs, qui ont pour point commun d’avoir été battues aux élections passées en donnant l’impression qu’il s’agit de les recaser ou de les occuper. L’Union Européenne doit cesser d’être « la consolante » de la politique nationale.

Pour que l’électeur nous respecte, nous devons le respecter à notre tour, et nous donner pour ambition en mai 2014 de faire campagne autrement. Il ne suffit pas de définir des concepts nouveaux, il faut encore qu’ils s’incarnent dans des élus qui les défendront demain dans l’enceinte de Strasbourg.

 

Cosignataires : Julien Aubert, député de Vaucluse, Gérald Darmanin, député du Nord, Nicolas Dhuicq, député de l’Aube, Jean-Jacques Guillet, député des Hauts-de-Seine, Philippe Meunier, député du Rhône, Yannick Moreau, député de Vendée, Jacques Myard, député des Yvelines