Doit-on encore protéger le loup ou plutôt la brebis ? (La Provence, le 30 octobre 2014)

Doit-on encore protéger le loup ou plutôt la brebis ? (La Provence, le 30 octobre 2014)

Une résolution déposée par des élus UMP à l’Assemblée vise à retirer son statut d’animal protégé au prédateur

Pourquoi une résolution sur le loup ? Est-ce de l’opportunisme ?

Julien Aubert : “Je suis un député de la ruralité dans le Vaucluse. Je suis en prise direct avec le terrain. J’habite à Sault, là où la première photo du loup a été prise sur le Ventoux attestant de la réalité de sa présence sur notre territoire. Un groupe sur la ruralité travaille sur ces sujets depuis deux ans à la suite de l’augmentation des faits de prédation du loup. Je n’ai pas porté personnellement le dossier mais j’ai signé la résolution C’est le député Pierre Morel-à-L’huissier qui a déposé une proposition de loi le 10 octobre visant à autoriser l’abattage de loups dans les zones de protection renforcée. Le problème, c’est que la convention qui protège le loup est un instrument lourd et contraignant d’une grande complexité juridique. Le but, c’est d’adapter le texte à la réalité. Le loup n’est plus du tout en voie d’extinction. Il faut que la réponse en cas d’attaque soit plus rapide sur le terrain, ce que ne permet pas le cadre qui s’applique aux espèces protégées”.

Quelle est la finalité de votre démarche ? Est-ce que vous remettez en cause la Convention de Berne ?

Cette politique de protection avait un sens à l’époque de la signature de la Convention de Berne, quand le loup avait officiellement disparu en France depuis les années 1930 et que la survie même de l’espèce était menacée. Grâce à la mise en place de mesures de protection, le loup a pu faire sa réapparition en 1992 dans le Mercantour. Le contexte est aujourd’hui radicalement différent : l’espèce est estimée à 300 individus sur le territoire français, répartis dans douze départements, et son aire de répartition continue de s’étendre, progressant de 25% chaque année. Le cadre juridique existant ne correspond plus à la situation actuelle : le loup ne doit plus être considéré aujourd’hui comme une espèce en voie de disparition sur notre territoire. Mon objectif en signant cette résolution, c’est que M. Fabius dise “on va ouvrir le dossier”. Et que cela remonte jusqu’à l’Europe. Car si la France s’aventurait dans ce sujet, il y a d’autres pays qui s’engouffreraient dans la brèche comme l’Italie. Est ce que l’Assemblée aura la volonté de nous suivre ? L’écueil est que c’est un dossier géographiquement très localisé. C’est comme pour le requin des députés d’Outre-Mer, pour eux c’est important, pour nous ce n’est pas une priorité !

Votre intention est-elle que le loup soit simplement considéré comme un prédateur et plus comme une espèce en danger ?

La population alpine n’est pas stationnaire mais en augmentation. D’où cette idée de renégocier le statut du loup. Il faut savoir jusqu’où on veut aller dans la protection du loup et jusqu’où on va dans la protection du mouton. Notre intérêt est de sauver le pastoralisme.

Cela veut-il dire que vous êtes contre le loup et sa réintroduction ?

Non, je n’ai rien contre le loup. Je ne vois pas les choses en bien ou en mal. Ma priorité, c’est de protéger en priorité les hommes et les activités humaines. Avec la décroissance de la ruralité, on a commencé à voir une surpopulation d’animaux descendre jusque dans les villes, comme les sangliers, les renards… En cas d’attaque de loup, je suis pour une riposte immédiate avec des battues organisées par les chasseurs eux-mêmes. Mon idée n’est pas d’éradiquer le loup !


263

C’est le nombre d’attaques “indemnisables” qui ont eu lieu en 2014 (jusqu’au 30 septembre) dans les Alpes-de-Haute-Provence (255) et le Vaucluse (8). Ce chiffre était en 2013 de 235 (9 pour le Vaucluse et 226 pour les Alpes).

301

C’est l’estimation du nombre de loups en France. Un chiffre “médian” calculé à partir d’un chiffre “haut et d’un chiffre “bas”.

26

C’est le nombre d’attaques en 2014 dans le Vaucluse et dans les Alpes-de-Haute-Provence où la responsabilité du loup a été exclue. Un chiffre à rapporter sur 291 attaques en 2014.

850

Le nombre de bêtes tuées pour lesquelles la responsabilité du loup n’a pas été écartée, en 2014, dans les Alpes-de-Haute-Provence (837) et dans le Vaucluse (13). Le nombre de bêtes tuées a ainsi augmenté de 25 % en Provence-Alpes- Côte d’Azur entre 2013 et 2014. Dans tous les cas, le département le plus touché est celui des Alpes-Maritimes (4 184 bêtes tuées).