Pourquoi j’ai voté contre mon camp sur la loi sur la régulation bancaire?

Pourquoi j’ai voté contre mon camp sur la loi sur la régulation bancaire?

La loi sur la régulation bancaire a démontré que la liberté de vote était la règle à l’UMP, quoiqu’en disent ses détracteurs les plus acharnés. Alors que les consignes étaient de voter “contre” ou, à la limite, de s’abstenir pour critiquer un projet de loi qui pourrait avoir des conséquences néfastes pour l’économie Française, j’ai choisi, avec 14 collègues (dont certains aussi estimables qu’Henri Guaino) de voter pour.

Je tiens à m’en expliquer.

Après la crise de 2008, crise morale du capitalisme qui a failli jeter à bas l’édifice économique mondial et entrainer le monde dans une paupérisation générale, on ne peut plus rester les bras croisés, à attendre. Certes, le projet gouvernemental est plein d’imperfections ; pour moi, il ne va pas assez loin. Néanmoins, c’est un premier pas que le gouvernement fait, qui je l’espère sera suivi par d’autres pays : il faut séparer au maximum les opérations que les banques réalisent pour leur propre compte, de celles qui impliquent la gestion (et les fonds) de ses clients. Sinon, en cas de pépin sur le premier type d’opérations, c’est l’honnête épargnant qui se retrouve ruiné.

Chaque crise financière est plus importante que la précédente. Chaque crise fait disparaître des milliards d’euros en fumée. Chaque crise nécessite une réaction des gouvernements encore plus lourde, encore plus coûteuse. La dernière nous a laissés exsangues.

Voilà pourquoi j’ai voté “pour” malgré tous les arguments consistant à dire qu’en étant les premiers, nous allons nous isoler du reste du monde. Avec ce type d’argument, rien ne bougera tant que tout le monde voudra le faire, c’est à dire 1/ ou bien jamais, 2/ ou bien une fois qu’il sera trop tard et que les banques voudront en catastrophe sauver leur peau après une énième crise bancaire et financière.

Je refuse l’abstention (le choix des élus du Front National par exemple), car l’abstention c’est finalement refuser de trancher. Je ne comprends pas l’abstention de certains de mes estimables collègues UMP (comme Bruno Le Maire) sur le mariage pour tous. Je ne comprends pas plus l’abstention sur un projet aussi important pour la survie du capitalisme.

Je comprends encore moins l’absentéisme. Il a été flagrant sur le dossier du mariage pour tous, où certains ont préféré battre le pavé que battre le gouvernement en séance. Sur la régulation bancaire, cela a été encore plus frappant.

La semaine passée, nous avions réussi à mettre en minorité le gouvernement sur une proposition de loi UMP visant à élargir les conditions d’octroi de la carte du combattant aux soldats ayant combattu en Algérie de 1962 à 1964. Cette grande victoire a cependant été annulée par les socialistes lorsqu’ils se sont aperçus que M. Collard avait voté (illégalement) pour MM Bompard et Le Pen, absents. Un second vote a eu lieu, et cette fois-ci, évidemment, les députés socialistes sont venus en nombre. Les défaites politiques sont toujours précédées des défaites morales : on ne peut pas (re)construire la politique et l’Etat sur la tromperie.

L’abstention ou l’absentéisme ne sont pas des solutions : chaque député est comptable de son action. Nous sommes politiquement et juridiquement minoritaires, mais cela ne signifie pas qu’il nous faille démissionner au prétexte que nous serons forcément battus. Je vous livre un scoop : la totalité des batailles qui n’ont jamais été livrées ont été perdues. Alors, je me bats, lavande au poing.