Qu’est ce qu’un élu en démocratie ?

Qu’est ce qu’un élu en démocratie ?

Je lis de plus en plus sur facebook une critique en règle des élus, sur l’air de “le peuple ne décide pas vraiment”. Je me suis aperçu qu’il y avait chez certains une méconnaissance de ce qu’est la démocratie dite “représentative”. Je profite donc d’avoir un peu de temps pour rappeler quelques concepts. Afin d’éviter la polémique, je tiens à signaler que je résume ici objectivement les bases de la tradition politique de ce pays.

La démocratie représentative est l’une des formes de la démocratie dans laquelle les citoyens expriment leur volonté par l’intermédiaire de représentants élus à qui ils délèguent leurs pouvoirs. Ces élus, qui représentent la volonté générale, votent la loi et contrôlent éventuellement le gouvernement.

Une des conditions pour que le régime soit démocratique est que, grâce à des élections ayant lieu à des échéances régulières, le mandat des représentants soit limité dans le temps (pas de charges à vie ou héritées).

La démocratie représentative s’oppose à la démocratie directe, beaucoup moins répandue, dans laquelle c’est peuple qui prend lui-même les décisions. En France, le seul outil de démocratie directe est le référendum qui seul a plus de force que les représentants du peuple. J’y suis très favorable et regrette que l’on ne l’utilise plus.

Il y a toujours eu dans la tradition française une opposition entre l’extrême gauche, partisane de la “souveraineté populaire” qui préfère la démocratie directe, avec un peuple qui tranche arithmétiquement, et les défenseurs de la “souveraineté nationale” où les élus dépassent leur petite condition pour chercher un intérêt supérieur. La Vème République réconcilie ces 2 visions en parlant d’une “souveraineté nationale qui appartient au peuple, lequel l’exerce par ses représentants ou par la voie du référendum”.

Pour revenir à la représentation, cela veut dire que votre élu à intérêt à vous écouter, car il est censé vous représenter mais qu’il n’a strictement aucune obligation de vote dans son mandat. Le citoyen qui n’est pas heureux ne peut qu’attendre les prochaines élections pour le censurer, voire se présenter contre lui. Cela ne sert à rien de l’intimider, de le menacer, ou de lui faire du chantage : il n’a strictement aucun compte à rendre “en direct” (sauf violation patente de son devoir) et il vous doit simplement la même considération qu’on doit à tout citoyen.

D’ailleurs c’est une dérive de dire “député de Vaucluse” ou “sénateur de Gironde”. On est “député de la Nation” ou “sénateur de la République”.

Notez que même pour un Thévenoud, ses électeurs ne peuvent strictement rien faire contre lui si lui-même ne démissionne pas.

Évidemment, ceci étant posé, la “représentativité” est un vaste débat. Elle ne peut être qu’une abstraction ou une approximation.

Certains partis sont sous-représentés mais la richesse d’un parlement repose-t-elle sur la diversité de ses élus ou de ses partis ? Les Etats-unis ont 2 partis et certains représentants du Parti Républicain vont de notre UDI à la droite du FN ! Le fait majoritaire fait en outre que le nombre importe peu : Que l’UMP ait 100 ou 200 députés ne change pas grand chose à la prise de décision, l’important étant d’avoir un seuil critique pour exister (10/15 députés).

On critique le faible nombre de femmes ou de telle ou telle catégorie sociale, mais c’est sous-entendre que le parlement doit représenter la diversité biologique et sociale de l’humanité. Or, les idées, la volonté générale se réduisent-elles à une photographie aussi fidèle soit-elle de la réalité ? Ce sont des nobles comme Mirabeau qui ont dénoncé les privilèges ; Ce sont des bourgeois comme Jules Ferry qui ont installé l’éducation gratuite ; Ce sont des hommes comme De Gaulle qui ont donné le droit de vote aux femmes, etc etc…
Les femmes ne pourraient être que représentées que par des femmes ? C’est un parlement largement masculin qui a voté la loi Veil. Les jeunes par des jeunes ? Les minorités par des minorités ?

Alors évidemment tout n’est pas parfait. La démocratie est le pire des régimes à l’exception de tous les autres.

Les nouvelles technologies – en permettant un dialogue direct et sans filtre avec les élus, en améliorant la réalité du contrôle du travail des représentants, en accroissant le volume d’informations en ligne – esquisse une société où le peuple aimerait pouvoir discuter en permanence et valider chaque décision.
C’est à mon sens une vue de l’esprit. D’abord parce que ceux qui se proclament “représentants anonymes du petit peuple” face “aux élus d’en haut” n’ont strictement aucune légitimité pour parler pour les autres. La démocratie ce n’est pas celui qui hurle le plus fort “y’a qu’a / faut qu’on”. En démocratie, chacun a son opinion, mais l’élu est libre de faire en sorte que la sienne soit admise comme le meilleur reflet de ceux et celles qui lui ont fait confiance.

En devenant élu, un citoyen prend des responsabilités. La contre-partie est une forme de liberté, de vote, de choix. Vouloir tenir en laisse son élu, c’est lui dénier cette liberté. Quel citoyen acceptera d’être tenu en laisse par les autres ? Aucun.