Qui a peur du grand méchant peuple ?

Qui a peur du grand méchant peuple ?

Jacques Dutronc chantait : « Cinquante millions de gens imparfaits : Et moi, et moi, et moi… ». Sur le Champ-de-Mars, dimanche dernier, nous n’étions pas cinquante millions, mais suffisamment nombreux pour que, lorsque la tête du cortège est arrivée à la tour Eiffel, sa queue ne se soit pas encore ébrouée de la place d’Italie. La foule était joyeuse, colorée, déterminée. Les élus, rassemblés en tête de cortège pour ne pas politiser l’évènement outre-mesure, apprenaient à manifester, souvent pour la première fois de leur vie. Ce fut mon cas.

Il y avait  beaucoup de jeunes, des familles heureuses de voir leurs élus, et beaucoup de citoyens un peu éberlués de se retrouver là. C’était vraiment « la manif pour tous ».

Il y a eu une polémique sur les chiffres, celui de 340 000  manifestants – tout simplement ridicule – étant avancé par la police. Nous étions probablement entre un demi-million et un million. Mais qu’importe la quantité, ce qu’il faut retenir de cette journée, c’est le message.

Quoiqu’en dise le gouvernement, sa réforme de l’institution du mariage ne fait pas l’unanimité. Elle est même extrêmement clivante, et fait débat dans notre société. C’est un constat qu’on aura du mal à mettre à bas : lorsque plus de 1% des Français se déplace à la capitale pour manifester son mécontentement, c’est un signe.

La question qui se pose aujourd’hui n’est pas d’appliquer ou non la proposition 31 du candidat Hollande devenu Président. Il est normal qu’un homme politique veuille tenir ses promesses, et je ne tiendrai pas rigueur à François hollande de vouloir respecter sur ce point son engagement. La question est de savoir comment cette proposition peut-elle être validée : par le parlement ou par le peuple ?

Faut-il qu’une majorité circonstancielle, élue pour 5 ans, décide seule d’un changement de civilisation ayant de larges répercussions sociales ?

Faut-il que seul le réflexe partisan, qui au parlement conditionne un vote automatique de part et d’autre de l’hémicycle, joue dans l’adoption de ce texte ?

Faut-il que les députés PS, qui ont été élus par 16% de la population électorale Française, imposent cette loi, dans une enceinte qui exclut quasiment les six millions de Français qui ont voté Front National et qui n’ont que 2 représentants ?

Je ne le crois pas. C’est un vote en âme et conscience. Or les députés n’auront pas la liberté de vote sur ce texte. Il faut donc que François Hollande consulte le peuple, pour que chacun réfléchisse à la société qu’il désire, et que la décision générale s’émancipe des lobbys minoritaires.

Un référendum permettra un vrai débat.

Un référendum, gagné ou perdu par le Président, ne violera pas la promesse qu’il a faite en mai 2012.

Un référendum, enfin, sera une décision politique majeure sur un texte beaucoup plus important qu’il n’y paraît.

Toutes les arguties sur le fait de savoir quand les élus du peuple ont le droit ou non de le consulter ne sont que le cache-sexe de la réflexion politique : on n’a jamais tort lorsqu’on consulte le peuple. A moins évidemment que les porteurs du projet soient convaincus d’être en réalité les thuriféraires d’un projet ultra-minoritaire et tentent d’utiliser un parlement à leur botte pour voler au peuple sa liberté de véritablement choisir sa société.

Tags: