La transition énergétique vue par l’UMP : zéro charbon et nucléaire sanctuarisé (Le Point, le 26 juin 2014)

La transition énergétique vue par l’UMP : zéro charbon et nucléaire sanctuarisé (Le Point, le 26 juin 2014)

L’opposition, jusque-là plus que discrète sur les sujets énergétiques, s’est enfin dotée d’une doctrine en matière d’énergie pour les années à venir.

Le nucléaire doit rester, dans le projet de l'UMP, au coeur de la politique énergétique française.
Le nucléaire doit rester, dans le projet de l’UMP, au coeur de la politique énergétique française. © GILE MICHEL/SIPA / Sipa

Alors que son existence même est remise en question, l’UMP tente tant bien que mal d’alimenter sa machine à idées. Sur les questions d’énergie par exemple, la doctrine du parti était en friche, alors même que le gouvernement a dévoilé la semaine dernière son projet de loi sur la transition énergétique. “C’est vrai que depuis le Grenelle [en 2008, NDLR], nous n’avons pas trop retravaillé ces sujets”, reconnaîtChristian Jacob, président du groupe UMP à l’Assemblée. Après six mois d’échanges avec des entreprises, des experts et des associations, les parlementaires d’opposition ont rendu publiques ce mercredi les conclusions de ce qu’ils ont appelé “l’autre débat sur la transition énergétique”. Ils en ont tiré dix propositions, plutôt à contre-courant du paysage énergétique voulu par la majorité socialiste.

Des objectifs modestes

“Pour nous, le gouvernement a pris le problème à l’envers”, estime Julien Aubert, qui défendra les propositions de son groupe lors de la présentation du texte au Parlement, à l’automne. Il dénonce notamment l’objectif “idéologique” de la baisse d’un tiers de la part du nucléaire dans la production électrique, voulue par la gauche, “sous la pression des Verts”. Mais il partage l’objectif de faire baisser de 40 % les émissions de gaz à effet de serre de l’économie française, par rapport au niveau de 1990.

Autre objectif chiffré faisant partie de ces propositions : la réduction de la part des énergies fossiles. D’ici à 2050, il s’agit de la passer de 66 % à 50 % de notre consommation d’énergie finale. Un objectif modeste, qui renvoie au très long terme l’émergence d’une économie sans pétrole. Pas question en revanche de diviser par deux la consommation en énergie à la même échéance, une mesure de sobriété inscrite actuellement dans le projet de loi. Les parlementaires de droite tablent sur une demande énergétique stable, voire en légère progression, alimentée par la hausse de la démographie.

Le nucléaire “sanctuarisé”

Pour parvenir, au moins en partie, à se désengager de ce qu’elle appelle les “énergies rouges” – pétrole et charbon -, l’opposition veut s’appuyer sur les “énergies orange”, dans lesquelles elle classe le gaz et le nucléaire. Le gaz doit jouer “un rôle pivot”, dans les transports et le logement, peut-on lire dans la synthèse des propositions. Les députés veulent atteindre dès 2020 le zéro charbon. Une énergie notoirement polluante, qui couvre actuellement 4 % de nos besoins énergétiques.

Quant au nucléaire, il reste la clé de voûte du logiciel énergétique de la droite. Il doit être “sanctuarisé”, selon les mots de Julien Aubert. Il y voit un moyen de maintenir la France à de faibles niveaux d’émissions de CO2 et de maintenir des “prix sociaux”, qui “protègent” le pouvoir d’achat. Et ce, malgré les coûts exorbitantsd’une hypothétique prolongation de la durée de vie de notre parc de centrales vieillissantes. Cette doctrine acte aussi le basculement du parc de centrales vers la quatrième génération, dont les déchets, utilisés comme ressources, sont censés en faire “une source d’énergie quasi renouvelable”. Même si la faisabilité commerciale de cette génération reste encore à démontrer avant la fin du siècle.

Verts, mais pas trop

La droite veut aussi développer les énergies vertes, mais à la marge. La France produit actuellement 13,4 % de son électricité à partir d’énergies renouvelables. Une part qui doit passer à 20 % en 2020, sans objectif de plus long terme. “Trop d’objectifs tuent les objectifs”, argumente Julien Aubert, également membre de la Commission développement durable. Attention aux contraintes qui ne sont pas nécessaires. L’UMP agite le spectre d’une transition énergétique à l’allemande, riche en énergies renouvelables, mais aussi en charbon.

Les élus UMP verraient en revanche d’un bon oeil l’exploitation des pétroles de schiste – pour l’instant verrouillée – dans le sous-sol français, notamment en Ile-de-France où il existe des réserves prouvées. Le produit de cette exploitation, qu’ils estiment à 5 milliards d’euros, sera “intégralement reversé à un fonds de développement des usages non carbonés”.

D’une manière générale, les autres propositions présentées ne sont pas chiffrées aussi précisément, faisant de cette doctrine un document à perfectionner, notamment lors d’une convention sur l’énergie qui sera organisée par le parti avant la fin de l’année. Les parlementaires de droite ont en tout cas prévenu qu’ils combattraient le projet de loi du gouvernement.