Vas-y fonce, sur un malentendu ça peut toujours marcher*

Vas-y fonce, sur un malentendu ça peut toujours marcher*

La France est le pays, par excellence du politique. Son peuple croit dans le pouvoir et surtout, dans le mystère qui auréole le pouvoir – autrefois le sacre de Reims, aujourd’hui celui de l’élection présidentielle. Elle aime prêter à ses chefs des capacités supérieures – autrefois le roi thaumaturge, aujourd’hui l’homme providentiel.

Elle est aujourd’hui profondément déçue et lasse car depuis trente ans, malgré des votes contraires, elle a le sentiment que personne ne veut ou ne peut prendre les choses en main pour redresser la barre du pays. Elle est donc en train de se convaincre qu’elle s’en sortirait mieux sans politiques ou en choisissant à pile ou face… Verdict terrible qui s’il se massifie provoquera le déclin définitif de notre pays.

En même temps … Qui peut s’étonner légitimement du rejet patent de la classe politique lorsqu’on regarde d’un oeil un peu lucide cette “rentrée politique” et qu’on constate à quel point le verbiage a supplanté l’action ?

Soyons honnête : j’ai été un peu surpris que, dans mon propre camp, certains annoncent leurs propositions … pour une élection qui se jouera dans plus d’un an et demi !! Sacré sens du timing et surtout bel aveu d’autisme et d’aveuglement par rapport au “temps présent” dans lequel vivent une majorité de concitoyens : quand on doit vivre d’expédients et tenir jusqu’à la fin du mois, 2016 c’est déjà un futur lointain, alors 2017…

Le gouvernement, lui, ne décide plus, il “annonce”, il pédale dans le vide. Exemple : Hollande ne baisse pas les impôts, il l’annonce en espérant que ca aura un impact, un peu comme un sortilège. ‪#‎placebo‬.
Son unique obsession : se faire réélire sur un malentendu, malgré un bilan fantomatique, grâce à son grand balai attrape-tout : un siège aux écologistes renégats pour calmer l’aile gauche, une fausse sortie de Macron pour draguer l’aile droite.
Pas de fond, jamais de fond, juste une petite phrase, un tweet pour occuper le créneau du jour. Point culminant de cette farce : la chemise mouillée de Manuel Valls et les huées d’hier qui seront le seul résumé des “échanges” du parti majoritaire. Pas de problème, l’important c’était “d’affirmer l’unité du parti”.

Pendant ce temps là Madame Maréchal parle aux catholiques dans le Var. Elle n’a pas parlé d’unité du parti, c’est sûr. Mais la presse du matin ne nous dira pas vraiment ce qu’elle a raconté (à part “y’a qu’à arrêter l’immigation” mais moi ce qui m’intéresse c’est comment on gère en responsabilité des milliers de migrants), ni ce que lui ont répondu mon collègue Herve Mariton ou l’ancien maire d’Ajaccio. Non, l’important c’est la séquence “Marion chez les cathos”, histoire de faire oublier ses démêlés avec les protestants.

Ne vous méprenez pas : je ne crois pas qu’on puisse faire de la politique sans le “faire-savoir”. Ce serait comme vouloir faire de la plongée sans bouteilles. Mais lorsque le “faire-savoir” masque totalement le “faire” et que, tel le hamster dans sa cage, l’homo politicus court de “séquence” en “annonce” sans jamais se préoccuper de l’impact concret dans le pays dit “réel” de sa politique, on se demande si ce système est tenable.

Il y a une différence entre projeter une stratégie pour notre pays en formatant un corpus d’idées qui se construit jour après jour et occuper le créneau béhèfèmetévé du jour ou faire croire qu’on cherche la solution. Avec Bruno Le Maire, nous rendrons prochainement publiques nos propositions sur le RSI : ca n’est qu’un goutte, mais c’est une goutte de travail authentique pour que les choses bougent.

Je refuse cette conception politico-médiatique qui fait de la politique un vaste jeu virtuel dans lequel les actions et décisions ne seraient pas vraiment importantes. En effet, ses principaux protagonistes se sont auto-convaincus que, de toutes manières, cela ne sert à rien de manier le joystick (adieu la souveraineté !) et qu’il ne peut pas y avoir de game over.

Regardez le chômage. Nous nous sommes habitués – et c’est un tort – à la litanie lancinante des annonces mensuelles, un peu comme le bulletin météo ou les décès en Irak. “Il enregistre une hausse modérée”. “Il a légèrement baissé”. Il est passé par ici, il repassera par là. Fermez vos petits pois.

Et que fait le gouvernement face à ce marasme ? Il crée le contrat de travail flexible ? Non. Il disserte en public sur le dogme des 35 heures, comme au bac philo “Faut il parler de leur suppression ou est-ce interdit ?” – On croit rêver.

Je ne mentionne même pas la réponse “autruchienne” consistant à prétendre que la crise chinoise ou grecque n’auront aucun impact sur avenir économique. On prend vraiment les Français pour des benêts ! Il faut un sacré toupet pour affirmer que l’économie française est robuste avec un taux de chomage est de 12%, une balance commerciale négative, une croissance en berne et des impots qui ne rentrent plus !

Je crois au game over et je crois que la seule manière d’en sortir est de communiquer moins pour travailler plus. De se donner une obligation de résultats, et pas seulement de moyens : faire la réforme ne suffit pas, il faut “changer la vie”. Car pendant ce temps là l’Europe redécouvre le Moyen-Age au Levant, la traite négrière à ses frontières et le far-west sur ses autoroutes. Mais bon peut être que je me trompe et que sur un malentendu, …

* citation du célèbre Jean-Claude Dus dans les Bronzés font du ski.